La classe ouvrire corŽenne :

de la grve de masse

ˆ la prŽcarisation

et au reflux, 1987-2007

 

Loren Goldner

 

 

RŽsumŽ

 

ConformŽment au modle que lĠon a pu observer en Espagne et au Portugal (1974-76), mais aussi au BrŽsil (1978-83) ˆ partir du milieu des annŽes 70, la classe ouvrire sud-corŽenne a dŽtruit, gr‰ce ˆ des grves de masse remarquables au cours des annŽes 1987-1990, les bases dĠune dictature militaire qui sŽvissait depuis des dŽcennies. Pendant une brve pŽriode (1990-1994), les grves ont abouti ˆ la crŽation de syndicats dŽmocratiques radicaux et donc ˆ des augmentations de salaires ŽlevŽes et gŽnŽrales. Mais, comme dans les autres cas citŽs ci-dessus, la classe ouvrire a ŽtŽ relŽguŽe au r™le de bŽlier facilitant un changement politique Ç dŽmocratique È qui a rapidement chantŽ lĠhymne de la mondialisation et du nŽolibŽralisme en faveur de lĠŽconomie de marchŽ. En fait, avant la vague de grves mais surtout aprs, le capital sud-corŽen investissait dŽjˆ ˆ lĠŽtranger et cherchait ˆ imposer une politique dĠaustŽritŽ nŽolibŽrale ˆ lĠintŽrieur du pays. En 1997-98, la crise financire asiatique fora la CorŽe du Sud ˆ passer sous la tutelle du FMI, ce qui accŽlŽra considŽrablement la prŽcarisation de la classe ouvrire corŽenne, prŽcarisation qui avait ŽtŽ la principale riposte capitaliste aux avancŽes de la fin des annŽes 80. AujourdĠhui, au moins 60% de la main-dĠÏuvre vivent dans la prŽcaritŽ la plus brutale. Soumis aux licenciements instantanŽs, les travailleurs prŽcaires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins infŽrieurs de moitiŽ au statut des 10% constituŽs par les travailleurs fixes. Les  vestiges bureaucratiques des syndicats dŽmocratiques radicaux du dŽbut des annŽes 90 ne sont plus aujourdĠhui que des organisations corporatistes reprŽsentant cette Žlite de la classe ouvrire, et autant de luttes ont ŽclatŽ entre les travailleurs fixes  et les travailleurs prŽcarisŽs quĠentre lĠensemble des ouvriers et le capital lui-mme.

 

I - Le contexte historique

 

Ë partir de juin 1987 et de manire significative jusquĠen 1990, la vague de grves que lĠon appelle en corŽen Ç Nodongja Taettujaeng È, la Grande Lutte des Travailleurs, reprŽsente un des principaux Žpisodes de la lutte de classe durant les annŽes 80, de mme que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) iraniens (1979-1981) et la vague brŽsilienne de grves de 1978-1983. La vague de grves a ŽbranlŽ les bases dĠune dictature qui avait rŽgnŽ faon presque interrompue aprs la fin de la guerre de CorŽe. Ces grves ont permis que des secteurs importants de la classe ouvrire corŽenne bŽnŽficient dĠaugmentations de salaire significatives, et quĠapparaissent, durant une brve pŽriode (1990-1994), des syndicats dŽmocratiques radicaux qui formrent le Congrs national des syndicats (ChoNoHyop), regroupement qui dŽfendait une politique anticapitaliste, au moins verbalement.

Ds que cette vague de grves eut triomphŽ, ses gains commencrent ˆ tre sŽrieusement attaquŽs. Le ChoNoHyop fut dŽtruit par la rŽpression gouvernementale qui frappa ses meilleurs militants. DĠautre part, le gouvernement A PERMIS AUX militants plus conservateurs ˆ former la ConfŽdŽration corŽenne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut crŽe en 1995 ; en dŽcembre 1996, le gouvernement essaya dĠimposer par la force une loi de prŽcarisation du travail ˆ laquelle la KCTU sĠopposa ˆ contrecÏur durant la grve de janvier 1997. En automne 1997, la crise financire asiatique obligea la CorŽe du Sud ˆ passer sous la tutelle du FMI en Žchange dĠun renflouement de 57 milliards de dollars, et le FMI exigea explicitement la prŽcarisation de la force de travail et des licenciements de masse pour appliquer son programme de restructurations. En dŽcembre 1997, Kim Dae Jong, dirigeant de lĠopposition dŽmocratique depuis des dŽcennies, fut Žlu prŽsident de la RŽpublique ; en fŽvrier 1998, il amena la KCTU ˆ signer un Ç accord historique È et ˆ accepter des centaines de milliers de licenciements et des plans sociaux avec rŽductions dĠeffectifs en accord avec les demandes du FMI, le tout en Žchange de la lŽgalisation dŽfinitive du syndicat.

Pour la galerie, le gouvernement de Kim Dae Jong crŽa Žgalement en 1998 une Commission tripartite entre lĠEtat, le Capital et le Travail, sur des positions corporatistes. Et cette institution sans signification nĠa bien sžr agi quĠau service de lĠEtat et du Capital.

MalgrŽ ce sombre tableau et une sŽrie de reculs presque systŽmatiques, les capitalistes et lĠEtat ont dž combattre la classe ouvrire corŽenne, secteur aprs secteur, au cours de longues grves aux rŽsultats amers, et les ŽvŽnements rŽcents prouvent que la combativitŽ des travailleurs est loin dĠavoir ŽtŽ ŽliminŽe.

AujourdĠhui, vingt ans aprs la Grande Lutte des Travailleurs de 1987, les prolŽtaires corŽens subissent lĠun des programmes de prŽcarisation les plus rŽussis du monde capitaliste, en tout cas certainement parmi les pays industriels avancŽs. Approximativement 10% de la main-dĠÏuvre corŽenne sont organisŽs dans les syndicats de la KCTU, disposant dĠun travail et dĠun salaire fixes, tandis que 60% sont prŽcarisŽs, externalisŽs et victimes de Ç plans sociaux È ˆ rŽpŽtition. Ë la Hyundai Motor Company, par exemple, lĠun des bastions du militantisme industriel des annŽes 1987-90, travailleurs fixes et travailleurs prŽcaires bossent c™te ˆ c™te, effectuant exactement les mmes t‰ches, alors que les seconds gagnent moitiŽ moins que les premiers qui touchent entre 50 000 et 60 000 dollars par an, sans compter les primes et les heures supplŽmentaires. Les travailleurs prŽcaires ha•ssent gŽnŽralement la KCTU, car ils la considrent comme le porte-parole corporatiste des salariŽs fixes les mieux payŽs. Les travailleurs fixes ont mme agressŽ physiquement des travailleurs prŽcaires lorsque ces derniers ont lancŽ des grves sauvages (comme cela sĠest produit ˆ lĠusine de la Kia Motor Company en aožt 2007). Lors des Žlections prŽsidentielles de dŽcembre 2007, un grand nombre dĠouvriers ont votŽ pour le candidat de la droite dure, Lee Myoung Back, dirigeant du Hanaratang (Parti dĠune seule nation), ex-PDG de Hyundai et maire de SŽoul, dans le vain espoir dĠun retour ˆ lĠexpansion Žconomique des annŽes 70 et 80.

Cet article tente dĠexpliquer comment la classe ouvrire corŽenne est passŽe dĠune lutte offensive et victorieuse ˆ la prŽcarisation et aux reculs, en lĠespace de seulement deux dŽcennies.

 

II – La dŽmocratie sert ˆ imposer lĠaustŽritŽ.

De la lutte de classe

dans un rŽgime autoritaire de dŽveloppement

 

Il faut situer lĠexpŽrience de la classe ouvrire corŽenne dans le cycle plus large des transitions de la dictature ˆ la dŽmocratie (bourgeoise), qui a commencŽ en Espagne et au Portugal (1974-1976), et a continuŽ dans des pays tels que la Pologne et le BrŽsil. Nous pouvons Žgalement noter que, aprs les Ç transitions È de la PŽninsule ibŽrique, les explosions suivantes ont eu lieu pendant une pŽriode de rŽgression et de reflux pour les classes ouvrires amŽricaine et nord-europŽennes.

En effet, elles se sont dŽroulŽes dans le contexte de la crise Žconomique mondiale survenue aprs la fin du boom qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Dans la PŽninsule ibŽrique, en Pologne et au BrŽsil, comme en CorŽe du Sud, lĠintervention de la classe ouvrire dans la vie politique et sociale a ŽtŽ prŽcŽdŽe par une pŽriode prolongŽe Ç de croissance Žconomique È intensive (de qualitŽ fortement variable) et la rŽpression violente de lĠactivitŽ indŽpendante de la classe ouvrire.

Ë chaque fois, les luttes des travailleurs ont jouŽ un r™le central dans la bataille plus large de Ç lĠopposition dŽmocratique È contre la dictature, et ˆ chaque fois, Ç lĠopposition dŽmocratique È a pris le pouvoir et a mis en application (toujours en collaboration Žtroite avec le capital international) des programmes trs stricts dĠaustŽritŽ qui ont fragmentŽ le mouvement ouvrier. On pourrait en conclure que la Ç dŽmocratie sert ˆ imposer lĠaustŽritŽ È – et telle est, en effet, ma conclusion.

Le cas corŽen, naturellement, comporte beaucoup de particularitŽs qui ne doivent pas tre diluŽs ou dissimulŽes par une comparaison gŽnŽrale.

La CorŽe Žtait, en 1960, considŽrŽe comme un Ç cas sans espoir È sur le plan Žconomique, aussi pauvre – en ce qui concerne la consommation par tte – que lĠInde ou la Tanzanie. En 1996, elle fut accueillie en fanfare dans lĠOCDE comme une Ç Žconomie avancŽe È et tomba sous le contr™le du FMI ˆ peine un an plus tard.

NŽanmoins, la CorŽe, lĠun des quatre Ç tigres È asiatiques aux c™tŽs de Ta•wan, Hong Kong et Singapour, apparut entre 1960 et 1997 comme lĠune des rares rŽussistes parmi les centaines dĠŽchecs et de retours en arrire que connurent les pays du tiers monde qui bŽnŽficiaient de lĠ Ç aide È occidentale et de la tutelle de la Banque mondiale et du FMI.

QuĠest-ce qui a rendu donc la CorŽe si diffŽrente ?

Tout dĠabord son statut spŽcial (comme les autres Ç tigres È dĠAsie) : avant-poste et vitrine pour lĠimpŽrialisme amŽricain, son succs Žconomique fournissait un contrepoids important pour la propagande des Etats-Unis face aux (soi-disant) rŽgimes socialistes voisins, ˆ savoir la CorŽe du Nord, la Chine et lĠUnion soviŽtique. Des dizaines de milliers de soldats amŽricains stationnaient dans le pays depuis la fin de la guerre de CorŽe et les Etats-Unis y ont tolŽrŽ une politique Žtatiste de dŽveloppement ˆ laquelle ils sĠopposaient habituellement dans le reste du tiers monde, allant jusquĠˆ renverser les gouvernements qui voulaient appliquer ce type de mesures.

En second lieu, la CorŽe du Sud, comme Taiwan, diffŽrait de presque tous les autres pays du tiers monde parce que la rŽforme agraire y avait dŽfinitivement ŽliminŽ lĠaristocratie prŽcapitaliste Ç yangban È entre 1945 et 1950. (Cette rŽforme avait eu lieu sous la pression intense de la rŽforme agraire menŽe dans le Nord et qui sĠŽtait Žtendue au Sud quand les armŽes de Kim il-sung avaient brivement occupŽ presque toute la pŽninsule durant les premiers mois de la guerre.)

Troisimement, la CorŽe du Sud, pauvre en ressources naturelles et ruinŽe lors des hostilitŽs de 1950-1953, Žtait le pays par excellence Ç du capital humain È. Elle a toujours accordŽ une importance Žnorme, quasi maniaque, ˆ lĠŽducation. Mme en 1960, il nĠy avait que 10 % dĠilletrisme chez les adultes, pourcentage exceptionnel dans les pays Žquivalents du tiers monde, ˆ lĠŽpoque.

La frontire qui divisait le pays en deux fut fixŽe le long du trente-huitime parallle, en 1945, par les armŽes dĠoccupation amŽricaines et et soviŽtiques. La dŽfaite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale mit fin ˆ 35 annŽes de domination coloniale japonaise. Cette domination reprŽsenta un moment important de lĠhistoire corŽenne car elle crŽa les bases dĠune Žconomie capitaliste moderne (le bilan exact de cette pŽriode est encore lĠobjet de controverses).

Quand les occupants japonais sĠenfuirent en aožt 1945, un ˆ deux millions dĠouvriers crŽrent des conseils ouvriers (Cheonpyong, ou Conseil des ouvriers nationaux ˆ Choson) dans les usines abandonnŽes de la zone occupŽe par lĠarmŽe amŽricaine. Ils nĠŽtaient pas spŽcialement motivŽs par lĠautogestion (la gauche corŽenne Žtait alors dominŽe totalement par le stalinisme), mais ils avaient besoin de produire de quoi satisfaire leurs besoins ŽlŽmentaires quotidiens. Les autoritŽs amŽricaines dĠoccupation mirent fin ˆ ce systme de conseils ouvriers en dŽcembre 1945.

 Comme dans les pays europŽens occupŽs par lĠAllemagne nazie et dont les bougeoisies avaient collaborŽ, lĠaristocratie prŽcapitaliste yangban et la petite classe capitaliste Žtaient politiquement et socialement discrŽditŽes. Ë partir de ces forces hŽtŽrognes, la puissance occupante (les Etats-Unis) dut installer un gouvernement viable capable de liquider le soulvement des ouvriers et des paysans, dont beaucoup Žtaient fortement favorables ˆ Kim il-Sung et ˆ ses forces de guŽrilla, et gŽnŽralement favorables ˆ un changement radical. Les Etats-Unis choisirent Rhee Syngman comme chef du gouvernement. Ils supervisrent (et participrent ˆ) lĠŽcrasement impitoyable de la gauche dans la zone mŽridionale durant les cinq annŽes de guerre de partisans et de massacres qui prŽcŽdrent le dŽbut la guerre avec la CorŽe du Nord en juin 1950. En 1950, tous les militants de gauche du Sud soit avaient ŽtŽ physiquement ŽliminŽs soit avaient fui au Nord (o bon nombre dĠentre eux furent Žgalement liquidŽs). Dans le Sud, la continuitŽ avec la gauche corŽenne dĠavant 1945 fut totalement brisŽe, facteur qui joua un r™le non nŽgligeable lorsque le rŽveil politique de la gauche et du mouvement social eut lieu dans les annŽes 70.

Solidement ŽpaulŽ par le soutien militaire et lĠaide des Etats-Unis, Rhee Syngman dirigea un pays ˆ lĠŽconomie faible et stagnante jusquĠen 1960. Il fut finalement renversŽ par des Žmeutes menŽes par les Žtudiants en 1960, et la CorŽe du Sud connut une brve ouverture dŽmocratique, close par le coup dĠEtat de Park chung-hee en 1961, qui ouvrit une nouvelle re.

Park chung-hee nĠŽtait pas, du moins pas seulement, le dictateur typique, la marionette minable soutenue par les AmŽricains, aprs la fin de la Seconde Guerre mondiale. On prŽtend quĠil aurait adhŽrŽ au Parti communiste ds 1943 (ˆ ma connaissance aucune preuve dŽfinitive nĠen a jusquĠici ŽtŽ fournie), et quĠen 1948 il aurait ŽtŽ arrtŽ car il appartenait ˆ un groupe de discussion du PC regroupant de jeunes officiers. Quand il prit le pouvoir en 1961, les Etats-Unis hŽsitrent ˆ reconna”tre son gouvernement, et, pendant son rgne autoritaire (1961-1979), les AmŽricains se mŽfirent plusieurs fois de ses tendances nationalistes (par exemple de son programme nuclŽaire militaire indŽpendant et de ses flirts diplomatiques prŽcaires avec la CorŽe du Nord.

De plus, Park chung-hee avait ŽtŽ formŽ dans une acadŽmie militaire japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il admirait tant le modle nippon de dŽveloppement Žconomique quĠil essaya rapidement de lĠimiter en CorŽe du Sud, avec un certain succs. Puisque le modle japonais avait lui-mme ŽtŽ copiŽ du modle prussien ˆ la fin du XIXe sicle, la CorŽe du Sud acquit un certain vernis Ç allemand È. Ce vernis est gŽnŽralement dissimulŽ par lĠhŽritage nippon, lui-mme souvent cachŽ et objet de polŽmiques. La Constitution corŽenne, par exemple, fut rŽdigŽe par un juriste corŽen qui avait ŽtudiŽ le droit en Allemagne dans les annŽes 50, et sĠŽtait entichŽ des thŽories de Carl Schmitt ; raison pour laquelle lĠ Ç Žtat dĠurgence È Žtait lĠune des pierres angulaires de lĠidŽologie de Park chung-hee. Ahn Ho Sang, personnage ouvertement pro-nazi dans les annŽes 30 et qui avait ŽtudiŽ en Allemagne sous Hitler, rŽdigea les manuels scolaires dĠhistoire pour le secondaire en y introduisant, aprs-guerre, le genre de mythes hyper-nationalistes que chŽrissait le populisme romantique allemand.

Plus fondamentalement, Park chung-hee sĠattaqua aux capitalistes parasites du rŽgime Rhee soit en les Žliminant, soit en les forant ˆ se lancer dans des investissements productifs. Il lana la politique du Ç nouveau village È (Se Maul) dans les campagnes, conue pour capitaliser entirement lĠagriculture et pour forcer une partie importante de la population rurale ˆ Žmigrer vers les villes et ˆ chercher du travail en usine. Gr‰ce ˆ la FŽdŽration  des syndicats corŽens (FKTU), trs anticommuniste et marquŽe par la guerre froide, le rŽgime exera un contr™le draconien sur la classe ouvrire. Les prolŽtaires travaillaient frŽquemment 7 jours sur 7, par Žquipes de 12 heures, et le rŽgime nĠhŽsitait pas, si nŽcessaire, ˆ utiliser la terreur policire et la torture. Pendant lĠre de Park chung-hee, les cŽlbres chaebol (conglomŽrats) sĠimposrent, lĠEtat contr™lant le crŽdit et choisissant les industries qui devaient tre de vŽritables Ç championnes nationales È, pratique qui fut plus tard dŽnoncŽe comme un Ç capitalisme de copinage È quand lĠŽconomie corŽenne commena ˆ avoir des ratŽs pendant les annŽes 90.

La CorŽe, comme les autres Ç tigres È asiatiques et ˆ la diffŽrence de la plupart des pays du tiers monde ˆ la mme Žpoque, se dŽveloppa gr‰ce ˆ une stratŽgie orientŽe vers lĠexportation. Elle se fraya un chemin vers le sommet de la Ç cha”ne de production È internationale, commenant par le textile et dĠautres industries lŽgres de consommation, puis passant ˆ la fabrication (automobile, construction navale) et terminant par la haute technologie, en sĠemparant de parts importantes du marchŽ mondial pour les composants dĠordinateur durant les annŽes 90.

Le succs Žconomique des annŽes Park chung-hee ne peut Žvidemment pas tre sŽparŽ de ses mŽthodes autoritaires ou de la conjoncture internationale de lĠŽpoque (deux rŽalitŽs largement ignorŽes aujourdĠhui dans les discussions au sujet des problmes Žconomiques croissants en CorŽe du Sud ; la victoire, en dŽcembre 2007, de la droite dure aux Žlections prŽsidentielles a donnŽ une aura nostalgique, teintŽe de rose, ˆ la dictature de Park chung-hee). Non seulement lĠŽconomie sud-corŽenne a tirŽ profit de sa place priviligiŽe dans la stratŽgie gŽopolitique amŽricaine durant la guerre froide, mais elle chevaucha Žgalement la vague croissante dĠinvestissements industriels qui, dŽmarrant vers 1965, commena ˆ rechercher des dŽbouchŽs en dehors de lĠAmŽrique du Nord et de lĠEurope. Les revenus des CorŽens ˆ lĠŽtranger jourent Žgalement un r™le significatif, car les soldats sud-corŽens rapatrirent des millions de dollars durant la guerre du Vietnam et des dizaines de milliers dĠouvriers sud-corŽens allrent au Moyen-Orient travailler sur des chantiers de construction, au cours du boom pŽtrolier qui eut lieu aprs 1973.

Etant donnŽ la centralitŽ de lĠindustrie lŽgre pendant la pŽriode de Ç dŽcollage È des annŽes 60, ce nĠest donc pas par hasard que la renaissance du mouvement ouvrier sud-corŽen se produisit dans lĠindustrie textile, ni quĠelle se dŽroula parmi les travailleuses, puisque la main-dĠÏuvre Žtait majoritairement composŽe de jeunes femmes.

 Le 13 novembre 1970 marque la naissance symbolique du mouvement ouvrier sud-corŽen contemporain. Ce jour-lˆ, Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, sĠimmola au cours dĠune petite manifestation dans lĠune des zones industrielles de SŽoul qui regroupent des sweatshops (entreprises o les syndicats sont, de fait, interdits et les ouvriers surexploitŽs). Jeon avait auparavant essayŽ toutes les dŽmarches lŽgales possibles pour obtenir rŽparation, mais en vain.

Le mouvement des annŽes 70 fut caractŽrisŽ par un nombre croissant de grves menŽes, dans les conditions les plus difficiles, par des ouvrires du textile. Les revendications Žtaient simples et claires ; elles concernaient la longueur inhumaine des journŽes de travail, les bas salaires, lĠautoritarisme des chefs et le fait que les femmes Žtaient obligŽes de vivre dans des dortoirs. Elles Žtaient gŽnŽralement recrutŽes directement dans les campagnes et les bidonvilles qui fleurissaient autour de SŽoul et dĠautres villes. Les grves furent presque toujours brutalement rŽprimŽes par les gardiens dĠusines, la police, les soldats et des nervis recrutŽs dans les bas-fonds. La lutte pour la crŽation dĠun syndicat dŽmocratique ˆ lĠusine de la sociŽtŽ textile Dongil ˆ Inchon, entre 1972 et 1976, fut exemplaire ˆ cet Žgard.

CĠest Žgalement durant les annŽes 70 que des groupes religieux (principalement chrŽtiens) et des Žtudiants radicaux (les Ç hakchul È, Ç venant de lĠuniversitŽ È) commencrent ˆ nouer des liens avec le mouvement ouvrier. Les groupes religieux Žtaient inspirŽs par la thŽologie de libŽration catholique et des doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les Žtudiants radicaux crŽrent des Žcoles du soir pour les ouvriers et ouvrires du textile, pour leur apprendre ˆ lire et Žcrire, leur enseigner des rudiments de secrŽtariat et aussi leurs droits fondamentaux en tant que salariŽs.

Les annŽes 70 virent aussi Žclore le mouvement minjung (imprŽgnŽ par la culture populaire), Žtroitement liŽ au mouvement religieux et au mouvement hakchul. NŽ dans la classe moyenne, le mouvement minjung pŽnŽtra la culture populaire, qui subissait une Žrosion rapide sous lĠimpact de la modernisation de la CorŽe ˆ marche forcŽe. Il essaya dĠutiliser cette culture populaire afin de crŽer une Ç contre-culture de lutte È. Ë cette fin, il utilisa la musique et les danses du chamanisme corŽen et des traditions paysannes rurales : il rŽussit ainsi ˆ consolider la dŽtermination collective des travailleurs pour lutter contre tous les mauvais coups et la rŽpression. Encore aujourdĠhui, les chansons, comme chez les IWW amŽricains, demeurent une tradition importante du mouvement ouvrier corŽen : lors des manifestations et des grves les travailleurs chantent des dizaines de chansons que tout le monde conna”t par cÏur.

Le mouvement corŽen des annŽes 70 – que ce soit le mouvement ouvrier ou les mouvements hakchul, minjung ou religieux – ne dŽpassa pas le cadre de lĠidŽologie dŽmocratique libŽrale et eut tendance ˆ regarder avec sympathie les Etats-Unis quĠil considŽrait comme une force qui orienterait la dictature corŽenne vers la dŽmocratie. Tout cela changea avec le soulvement de Kwangju et le massacre qui sĠensuivit en mai 1980.

Historiquement, la CorŽe a toujours ŽtŽ un pays caractŽrisŽ par des fidŽlitŽs rŽgionales intenses, et ce phŽnomne a persistŽ ˆ lĠre du capitalisme moderne. La province de Cholla, dans le sud-ouest, Žtait traditionnellement une rŽgion agricole arriŽrŽe. Park chung-hee, quant ˆ lui , Žtait originaire de Gyeongsang, une province du sud-est, et sa politique Žconomique favorisa surtout cette rŽgion, donnant naissance ˆ des centres industriels importants (Ulsan, Pohang, et Pusan). Les habitants de la province de Cholla Žtaient mŽcontents dĠtre tenus ˆ lĠŽcart par le pouvoir.

En 1979, des manifestations de masse balayrent le pays, exigeant lĠinstauration de la dŽmocratie. Les ouvriers prirent la tte de plusieurs manifestations. En octobre 1979, Park chung-hee fut assassinŽ par le chef des services de renseignements corŽens (la KCIA), qui prŽtendit que cela sĠŽtait produit ˆ lĠissue dĠune discussion concernant la faon de contenir et rŽprimer les manifestations en cours.

 

III – Le soulvement de Kwangju

et le tournant vers le Ç marxisme-lŽninisme È

 

Une brve ouverture dŽmocratique, semblable ˆ celle de 1960, eut lieu, mais Park chung-hee fut remplacŽ par un autre dictateur militaire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, lĠarmŽe tira sur une manifestation ˆ Kwangju, la plus grande ville dans la province de Cholla. Il sĠensuivit un soulvement durant lequel la population de Kwangju prit le contr™le de la ville, dŽvalisa une armurerie militaire, et combattit pendant onze jours les forces de rŽpression, y compris une unitŽ dĠŽlite venue spŽcialement de la zone frontire (DMZ) avec la CorŽe du Nord. Au total, on estime quĠil y eut environ 2 000 morts des deux c™tŽs (la plupart dĠentre eux Žvidemment au moment de la rŽpression de la rŽvolte) ˆ Kwangju.

Kwangju fut coupŽe du reste du pays et la censure empcha toute information de filtrer. (Draconienne, la Ç loi sur la sŽcuritŽ nationale È, adoptŽe en 1948 et toujours en vigueur aujourdĠhui, interdisait, sous peine de graves condamnations, de discuter publiquement du soulvement de Kwangju jusquĠau milieu des annŽes 90.) On croit cependant que le gouvernement des Etats-Unis (qui venait de subir le renversement du Shah dĠIran en 1979 et se trouvait au milieu de la crise des otages ˆ TŽhŽran) dŽcida quĠil ne voulait plus assister ˆ des mouvements radicaux de masse contre des dictateurs amis des Etats-Unis. Il a donc peut-tre ŽtŽ profondŽment impliquŽ dans la dŽcision dĠŽcraser violemment le mouvement (hypothse considŽrablement renforcŽe par la rŽcente publication de documents concernant les rapports entre les deux gouvernements pendant la crise de 1980).

Ë partir de ce moment-lˆ, le mouvement corŽen se dŽtacha rapidement des idŽologies libŽrales dŽmocratiques et religieuses des annŽes 70 et prit une orientation plus radicale, essentiellement vers une rŽvolution ˆ la sauce Ç marxiste-lŽniniste È.

Ce tournant idŽologique montre lĠimportance de toute la pŽriode prŽcŽdente qui fut marquŽ par:

       la discontinuitŽ pratiquement totale avec la gauche qui avait ŽmergŽ aprs lĠeffondrement de lĠoccupation japonaise en 1945, gauche qui fut dŽtruite par la rŽpression du gouvernement corŽen et de lĠarmŽe amŽricaine entre 1945 et 1953 ;

       les dŽcennies de dictature aprs la guerre de CorŽe qui avaient stigmatisŽ toute critique sociale comme Žtant inspirŽe par la CorŽe du Nord ;

       lĠisolement de la CorŽe du Sud par rapport aux mouvements internationaux et ˆ la fermentation politique des annŽes 60 et suivantes.

(Quand les Žtudiants corŽens rejoignirent les groupes clandestins dĠopposition dans les annŽes 70 et 80, une de leurs premires t‰ches fut souvent dĠapprendre le japonais, afin de lire tous les livres politiques – et particulirement marxistes – qui ne pouvaient pas tre ŽditŽs en CorŽe. Par consŽquent les CorŽens du Sud ne connurent ni la longue Žrosion du stalinisme qui dura plusieurs dŽcennies en Europe et aux Etats-Unis, ni lĠimpact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occidentale, ni la critique radicale du lŽninisme, ni la redŽcouverte de Hegel et des Žcrits de Marx durant les annŽes 1840. Ils ignorrent tout cela, ou alors ils en prirent connaissance de faon trs dŽformŽe. Au dŽbut des annŽes 80, la police arrta les membres dĠun groupe dĠŽtude clandestin qui souhaitaient lire en allemand les Žcrits de Lukacs et de Hegel sur lĠesthŽtique; ils furent condamnŽs ˆ six mois de prison.)

CĠest pourquoi la radicalisation du mouvement corŽen, aprs lĠŽcrasement de lĠinsurrection de Kwangju, suivit presque toujours une orientation profondŽment stalinienne, quĠelle se dise Ç marxiste-lŽniniste È, prosoviŽtique, prochinoise ou pro-CorŽe du Nord. Trotsky Žtait trs peu connu jusquĠˆ la fin des annŽes 80, et les critiques de gauche de Trotsky encore plus ignorŽes.

Certains des groupes marxistes-lŽninistes qui Žmergrent dans les annŽes 80 sont ˆ lĠorigine des deux tendances principales du mouvement ouvrier corŽen actuel (dans la KCTU et dans le Parti travailliste dŽmocratique corŽen ou KDLP). Il sĠagit :

– dĠun c™tŽ, de la tendance Ç libŽration nationale È, favorable ˆ la CorŽe du Nord : on les appelle les Ç NL È, ou Ç juche-istes È, en raison de la doctrine nord-corŽenne du Ç juche È ou Ç autosuffisance È ;

– et, de lĠautre, de la tendance Ç DŽmocratie du peuple È (ou PD) qui est en fait proche de la social-dŽmocratie.

Durant la prŽparation de lĠŽlection prŽsidentielle de dŽcembre 2007, les Ç Juche-istes È sĠemparrent de lĠappareil du KDLP, et purgrent une partie des membres de Ç DŽmocratie du peuple È. (Il faut Žgalement noter que ces deux courants sont implantŽs principalement dans les syndicats de cols blancs, tels ceux des banques, les professeurs et dĠautres fonctionnaires, tandis que la plupart des cols bleus ne sĠintŽressent ˆ aucune de ces deux tendances. Sous la direction du courant NL, le KDLP a perdu des voix dans tout le pays, puisque, entre les Žlections de 2002 et celles de 2007, il est passŽ de 5 ˆ 3% ˆ lĠŽchelle nationale, et quĠˆ Ulsan, le bastion de la classe ouvrire corŽenne, son score a chutŽ de 11 ˆ 8%.)

Le nationalisme est endŽmique en CorŽe, y compris dans le mouvement ouvrier. Cela est dž aux sicles de domination Žtrangre (chinoise, japonaise, puis amŽricaine) quĠa subis le pays, ˆ la division de la CorŽe aprs 1945, et ˆ sa position gŽopolitique au Ç carrefour È des sphres dĠinfluence chinoise, japonaise, russe et amŽricaine.

La pŽninsule corŽenne, ou lĠhŽgŽmonie dans cette rŽgion, a ŽtŽ la cible des intrusions Žtrangres pendant des sicles, et plus rŽcemment, de la guerre sino-japonaise de 1895, russo-japonaise de 1904- 1905, et enfin de la guerre de CorŽe. Ç Quand les baleines se battent, les vairons sĠenfuient pour se mettre ˆ lĠabri È – ce vieux proverbe corŽen exprime bien cette rŽalitŽ. Pendant 35 ans (de 1910 ˆ 1945) la domination coloniale japonaise tenta dĠŽliminer presque entirement la culture corŽenne, ce qui ne fit que renforcer cette tendance nationaliste. Enfin, les mythes sur lĠhomogŽnŽitŽ ethnique, promus par les manuels dĠhistoire remplis de mythes populistes ou, plus rŽcemment, les tŽlŽfilms historiques au sujet de la grandeur corŽenne passŽe ont jouŽ aussi leur r™le. (La CorŽe du Nord a propagŽ, elle aussi, une version diffŽrente de ce nationalisme, et bien plus virulente.) Dans ce contexte, mme les ŽvŽnements sportifs, comme les Jeux Olympiques de SŽoul en 1988 ou les succs de lĠŽquipe corŽenne en 2002 lors de la demi-finale de la coupe du monde de football, deviennent des ŽvŽnements qui contribuent ˆ forger lĠidentitŽ nationale.

Pour les mmes raisons gŽopolitiques, toute lutte de classe sŽrieuse en CorŽe du Sud prend immŽdiatement une dimension internationale.

Lors de la renaissance de la gauche et du mouvement social dans les annŽes 70 et les annŽes 80, personne ne remit donc en cause le nationalisme. Durant les annŽes 80 un Ç marxisme È stalinisŽ Žcarta les orientations dŽmocratiques libŽrales qui avaient dominŽ durant la pŽriode prŽcŽdant lĠinsurrection de Kwangju. Ë travers leurs publications clandestines influentes, les groupes marxistes-lŽninistes importrent surtout en CorŽe du Sud des variantes de la thŽorie lŽniniste de lĠimpŽrialisme, de la thŽorie du capitalisme de monopoles et des thŽories de la dŽpendance.

Durant les annŽes 80 le mouvement hakchul sĠimplanta aussi dans les usines, exactement comme les Ç tournants ouvriers È et autres politiques dĠ Ç Žtablissement È que pr™nrent les petits bourgeois radicaux dans les pays occidentaux aprs 1968. Ë la crte du mouvement, des milliers dĠex-Žtudiants se firent embaucher en usine, et parfois menrent des grves importantes.

Ë la fin des annŽes 80, la gauche et lĠextrme gauche corŽennes considŽraient tout naturellement la CorŽe du Sud comme un pays Ç pŽriphŽrique È du systme impŽrial amŽricain, qui ne pourrait tre libŽrŽ que par le Ç socialisme È (au sens stalinien) et la rŽunification nationale avec le Nord. Elles avaient ainsi tendance ˆ sous-estimer la profondeur du dŽveloppement industriel corŽen et surtout lĠŽlasticitŽ du systme qui allait pouvoir accorder des augmentations de salaires significatives, dans un cadre capitaliste, aprs la rŽvolte ouvrire des annŽes 1987-1990. De telles thŽories furent renforcŽes par le fait que la CorŽe du Sud ne rattrapa, puis dŽpassa Žconomiquement, la CorŽe du Nord quĠaux alentours de 1980.

La convergence de tous ces facteurs signifia que lĠeffondrement de lĠUnion soviŽtique en 1991, co•ncidant avec la diminution des luttes ouvrires aprs 1990, eut un impact psychologique bien plus fort sur les militants en CorŽe que nĠimporte o en Occident, o le prestige de lĠUnion soviŽtique avait commencŽ ˆ sĠeffondrer ˆ partir de 1956 au moins, en tout cas certainement aprs 1968. Le climat politique devint dŽjˆ particulirement morose au printemps 1991, quand un Žtudiant de SŽoul fut battu ˆ mort par la police et que les candidats de la gauche dŽmocratique furent ŽcrasŽs lors des Žlections municipales de juin 1991. Tout cela contribua ˆ crŽer un certain dŽfaitisme et un sentiment de futilitŽ de la lutte politique aprs des annŽes de la mobilisation et de luttes. Il faut ajouter que lĠŽconomie corŽenne, qui avait connu une phase dĠexpansion dans la pŽriode 1986-88 et durant la premire phase de la Grande Lutte des Travailleurs, connut de nouvelles difficultŽs ˆ partir de 1990, difficultŽs dont elle nĠa pas encore entirement rŽcupŽrŽ jusquĠici.

Des phŽnomnes comparables se produisirent en Occident aprs la fin des annŽes 70, lorsque des milliers de militants arrtrent leurs activitŽs politiques, dŽcidrent de ne plus se consacrer quĠˆ leur vie privŽe, tentrent de poursuivre une carrire dans une des professions de la classe moyenne ou, dans les milieux universitaires, succombrent ˆ lĠattrait du post-modernisme.

 

IV - La politique nationale

et la Grande Lutte des Travailleurs (1987-1990)

 

Il nous faut Žgalement Žvoquer le contexte politique qui sous-tend le cours de la lutte de classe.

Ë partir des annŽes 80, les luttes ouvrires pour des syndicats dŽmocratiques passrent (tout comme lĠŽconomie corŽenne elle-mme) de lĠindustrie lŽgre ˆ lĠindustrie lourde. La dictature militaire de Chun Doo Hwan, qui succda ˆ celle de Park chung-hee, fut obligŽe de rel‰cher son contr™le sur la sociŽtŽ au milieu des annŽes 80, sous la pression croissante de lĠopposition dŽmocratique au cours de la prŽparation des Jeux olympiques panasiatiques (en 1986) et des Jeux olympiques de SŽoul (en 1988). En particulier, le gouvernement dut l‰cher une Ç dŽclaration sur la dŽmocratisation È en juin 1987, face ˆ la menace que la classe ouvrire sĠassocie aux protestations en faveur de la dŽmocratie. Et cette dŽclaration dŽclencha immŽdiatement la Grande Lutte des Travailleurs durant lĠŽtŽ 1987. Pour la premire fois, le mouvement passa de la rŽgion de SŽoul-Inchon aux nouvelles zones industrielles mŽridionales dĠUlsan, Masan et Changwon. En tout, il y eut plus de 3 000 grves en 1987, qui obtinrent le droit de crŽer des sections syndicales, de 25 ˆ 30% dĠaugmentation de salaire, et lĠabolition de la discipline militaire, particulirement dŽtestŽe dans les usines : les patrons imposaient aux ouvriers de porter des cheveux courts, de faire de la gym tous les matins, etc. Ë Ulsan, la ville de la sociŽtŽ Hyundai, on assista ˆ des mobilisations massives et ˆ des combats de rues qui durrent jusquĠen 1990.

La grve de 128 jours (dŽcembre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) se termina par une attaque militaire coordonnŽe contre le chantier naval de Hyundai, occupŽ par les travailleurs. Le gouvernement l‰cha contre eux 9 000 soldats et policiers, au cours dĠune offensive terrestre, maritime et aŽrienne. Il sĠensuivit dix jours de combats de rues (mobilisant les ouvriers mais aussi leurs Žpouses et leurs enfants) dans les quartiers ouvriers dĠUlsan. Cette lutte fut suivie en 1990 par la grve de Goliath, encore ˆ Hyundai Heavy Industries, conflit qui se termina par une dŽfaite amre. (En rŽponse ˆ ces luttes Hyundai construisit de nombreux immeubles de grande hauteur pour y loger ses ouvriers.)

 

V - 1990-1997 : le dŽclin des luttes

et le reflux du mouvement commencent

 

Le reflux des luttes offensives de masse de la pŽriode 1987-1990, et lĠatmosphre gŽnŽrale de dŽfaite qui sĠensuivit ouvrirent une nouvelle phase dans les organisations ouvrires corŽennes. Les augmentations de salaires obtenues ˆ la fin des annŽes 80 renforcrent brivement lĠillusion de la possibilitŽ dĠune cohabitation entre le Capital et le Travail, et renforcrent donc les courants rŽformistes.

En particulier, au sein de la ConfŽdŽration nationale des syndicats (ChoNoHyop), la tendance de droite et ouvertement rŽformiste (dite NL, pour la libŽration nationale, et favorable ˆ la CorŽe du Nord) commena ˆ prendre le dessus sur la tendance radicale affaiblie. (En corŽen, la tendance NL sĠappelle Kukminpa, ce qui signifie littŽralement Ç Les Travailleurs unis avec la Nation È.) Cette tendance a toujours courtisŽ les bureaucrates et les politiciens. Comme nous lĠavons dit prŽcŽdemment, le gouvernement persŽcuta les meilleurs militants de la NCTU et soutint les rŽformistes, ce qui dŽtruisit la NCTU en 1995 et conduisit au regroupement des syndicats dans la KCTU sous la direction de son aile droite. (En effet, ˆ la fondation de la NCTU en janvier 1990, la plupart de ses dirigeants Žtaient en prison ou dans la clandestinitŽ.) La longue expŽrience de la dictature et du clientŽlisme poussa Žgalement une partie des ouvriers ˆ accueillir favorablement la dŽmocratie bourgeoise et le nŽo-libŽralisme.

Cependant Ulsan resta un centre de fermentation sociale intense et, en juin 1991, quand Park Chang Su, un dirigeant syndical, fut tuŽ en prison, 20 000 ouvriers de Hyundai Heavy Industries et 30 000 ouvriers de Hyundai Motor Company attaqurent la mairie dĠUlsan, et leur lutte dura finalement un mois.

En 1992, la CorŽe du Sud adhŽra ˆ lĠOrganisation internationale du travail (lĠOIT), ˆ peu prs au mme moment o les capitalistes se concertaient pour attaquer leurs gains salariaux. Ë cette pŽriode, les travailleurs du secteur public, qui touchaient de bas salaires, commencrent ˆ sĠorganiser, les travailleurs des TŽlŽcoms de CorŽe (KT) Žtant les plus militants. Mme si leurs luttes tendaient ˆ tre principalement centrŽes sur la question des salaires, ils se battaient aussi pour davantage de dŽmocratie dans les entreprises.

En 1993-1994, la discussion fit rage dans le mouvement ˆ propos des perspectives, y compris le besoin de lancer des grves politiques. Les courants les plus radicaux voulaient transformer les syndicats dĠentreprises (les plus rŽpandus ˆ ce jour) en syndicats de branches, et crŽer une confŽdŽration. Tandis que la NCTU dŽclinait encore sous les coups de la rŽpression et les magouilles de la tendance NL, la voie Žtait ouverte pour la crŽation de la KCTU, qui fut formellement fondŽe en novembre 1995, mme si elle ne fut pas lŽgalisŽe avant que nĠŽclate la crise du FMI.

Quelques grves rŽussies eurent lieu en 1995-96, notamment une grve chez KT (les TŽlŽcoms de CorŽe), qui obtint des augmentations de salaires importantes. En raison de grves comme celles-ci, les salaires des ouvriers tendaient ˆ dŽpasser ceux des fonctionnaires. En mme temps, les employeurs corŽens dŽcidrent dĠabandonner progressivement le modle des chaebol pour profiter des avantages de la mondialisation. Les deux camps sĠŽchauffaient en vue de lĠaffrontement ˆ propos de la loi sur la prŽcarisation du travail, affrontement qui allait se produire en 1996-1997.

Ë lĠautomne 1996, la mobilisation de la base et la prŽparation de la grve gŽnŽrale sĠaccenturent. Sous cette pression, la KCTU dut se retirer des discussions pour la crŽation de lĠinf‰me Commission tripartite (Etat-Travail-Capital) qui sera lancŽe au milieu de la crise du FMI, au printemps 1998. La base des syndicats commena ˆ rejeter de plus en plus la tendance NL.

Les contre-mesures importantes prises par les militants les plus radicaux de crŽer des Ç hyung-jang jojik È, structures de base qui essayrent de combattre la dŽgŽnŽrescence des syndicats et de la KCTU ˆ lĠaide dĠune organisation alternative, qui nĠŽtait pas Ç extŽrieure È aux syndicats mais un contre-pouvoir interne ayant en mme temps des liens Ç horizontaux È avec les militants dĠautres syndicats, pour lutter contre les tendances corporatistes fondŽes sur le patriotisme dĠentreprise. Les  hyung-jang jojik  ont eu de lĠinfluence pendant une quinzaine dĠannŽes, de 1990 ˆ 2005. Dans diffŽrentes circonstances, les  hyung-jang jojik  rŽussirent ˆ prendre le pouvoir dans des syndicats importants, ˆ la suite de quoi ils se bureaucratisrent le plus souvent; au cours des dernires annŽes, ils sont devenus la proie de divers groupes qui cherchaient un moyen discret dĠinfluencer les syndicats, et ils se sont finalement effondrŽs. Mais durant leur meilleure pŽriode, dans une situation gŽnŽralement dŽfensive, ils ont prŽservŽ une certaine continuitŽ avec la poussŽe radicale de la pŽriode 1987-1990.

 

VI - La grve gŽnŽrale et la crise du FMI, 1997-1998

 

Juste aprs No‘l 1996, le gouvernement corŽen de Kim Jung-sam, au cours dĠune session spŽciale de nuit et en lĠabsence des dŽputŽs de lĠopposition, fit adopter la premire dĠune sŽrie de lois sur la prŽcarisation du travail destinŽes ˆ faire pŽnŽtrer lĠŽconomie sud-corŽenne dans lĠre de la Ç mondialisation È, ˆ faciliter les licenciements pour les employeurs, et ˆ introduire des contrats temporaires (diffŽrenciŽs selon le statut). Les employeurs avaient rŽgulirement rognŽ les conqutes des travailleurs acquises ˆ la fin des annŽes 80, et lĠŽconomie sĠaffaiblit davantage durant lĠannŽe 1996 avec des faillites de plus en plus nombreuses, mais ce fut la premire confrontation directe avec la nouvelle puissance de la classe ouvrire.

Sous lĠintense pression de la base, la KCTU, fermement contr™lŽe par lĠaile droite qui avait battu et dŽtruit la NCTU, appela ˆ une grve gŽnŽrale immŽdiate qui fut largement suivie. Mme la FKTU, syndicat conservateur, jaune, perpŽtuant lĠesprit de la guerre froide, rejoignit le mouvement. Les cols blancs se mirent en grve eux aussi, et, ˆ lĠapogŽe de la lutte, trois millions de travailleurs firent grve. (Le gouvernement retira la lŽgislation initiale, mais une loi pratiquement identique fut adoptŽe en mars 1997, sans rŽaction significative de la KCTU.) Ë nouveau, lĠexpŽrience historique de la classe ouvrire corŽenne et la nouveautŽ des mesures de prŽcarisation donnrent ˆ la grve une tonalitŽ plus Ç antifasciste È quĠanti-nŽolibŽrale. La KCTU fit tout ce qui Žtait en son pouvoir pour Žviter une confrontation avec le gouvernement, et dŽmobiliser les travailleurs partout o elle le put. La base, quant ˆ elle, fit preuve dĠune grande spontanŽitŽ, comme chez Hyundai et ˆ la Kia Motor Company. On raconte que la KCTU se rŽunit secrtement avec les patrons pour leur assurer quĠils contr™laient la grve et que celle-ci faiblissait. Ils lancrent la tactique inefficace de la Ç grve du mercredi È, proposition rŽpŽtŽe ˆ plusieurs reprises au cours des annŽes suivantes. La grve gŽnŽrale sĠarrta ˆ la fin janvier, sans avoir rien rŽsolu.

Ë la suite de la grve gŽnŽrale, le Parti travailliste dŽmocratique corŽen (KDLP, ou Minju Nodong TanG) fut fondŽ au printemps 1997, avec les mmes ŽlŽments de droite qui dominaient la majoritŽ de la KCTU. LĠŽchec de la grve de janvier 1997, cependant, fut ˆ son tour ŽclipsŽ par la dŽvastation de lĠŽconomie corŽenne pendant la crise financire asiatique de 1997-1998.

La crise commena en Tha•lande, en juillet 1997, par lĠeffondrement de la devise tha•landaise, puis elle frappa une bonne partie de lĠAsie au cours des mois suivants,  alors tous les pays qui avaient dŽfendu Ç la libertŽ du commerce È et par consŽquent allŽgŽ les contr™les sur les mouvements de capitaux connurent une fuite massive des capitaux et lĠeffondrement de leur devise. La Tha•lande, lĠIndonŽsie et la CorŽe furent les plus touchŽes. Le won corŽen chuta de 40% en novembre 1997, tandis que le gouvernement de Kim Jung Sam Žtait renflouŽ par le FMI qui promit de lui verser 57 milliards de dollars. Les quatre candidats aux Žlections prŽsidentielles de dŽcembre 1997 durent tous sĠengager par Žcrit ˆ respecter lĠaccord avec le FMI, sinon la CorŽe ne pourrait pas recevoir lĠargent.

Ainsi Kim Dae Jong, reprŽsentant de lĠopposition dŽmocratique, qui fut finalement Žlu prŽsident de la CorŽe aprs une trs longue traversŽe du dŽsert, dut consacrer son mandat ˆ faire appliquer le paquet de mesures draconiennes pr™nŽes par le FMI : licenciements, coupes dans le budget des services publics, dŽrŽgulation, rachat des industries corŽennes et des banques par des sociŽtŽs Žtrangres, et prŽcarisation du travail. La dŽmocratie corŽenne, tout comme le mouvement ouvrier corŽen avant elle, triompha au moment mme o la rŽalisation de ses promesses antŽrieures Žtait devenue impossible, et son triomphe servit ˆ cacher lĠapplication dĠun programme Žconomique et social extrmement dur. Les faillites se succŽdrent en cascade et les suicides augmentrent en flche. Le FMI exigea au dŽbut que les banques corŽennes congŽdient 50% de leur personnel (le chiffre fut ensuite abaissŽ ˆ 30%) et que lĠEtat fasse de mme pour ses fonctionnaires. Le taux de ch™mage tripla en moins de deux ans, et des millions de gens retombrent ˆ nouveau dans la pauvretŽ.

Dans cette situation, Kim Dae Jong et la KCTU jourent chacun leur r™le, fixŽ ˆ lĠavance. Kim poussa la direction de la KCTU ˆ signer les accords tripartites de fŽvrier 1998, donc ˆ approuver les licenciements de masse prŽsentŽs comme des mesures dĠurgence indispensables. La base de la KCTU se rŽvolta contre cette capitulation abjecte et chassa la direction qui avait conclu et signŽ  les accords. Quelques grves importantes Žclatrent contre des licenciements en 1998, comme ˆ la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nouveaux dirigeants de la KCTU furent emprisonnŽs et les grves se terminrent gŽnŽralement par des dŽfaites.

Pendant la crise du FMI, beaucoup de petites usines furent liquidŽes, y compris celles regroupant des travailleurs particulirement militants depuis la vague de grves de la fin des annŽes 80 et qui auparavant sympathisaient avec la NCTU. Pour la premire fois, en accord avec les exigences du FMI, la Ç main dĠÏuvre occasionnelle È devint un phŽnomne important au sein de la classe ouvrire corŽenne. Une grve Žclata contre la vente des actions des TŽlŽcoms de CorŽe (KT) aux investisseurs de Wall Street, par exemple. Cette grve montra le fossŽ croissant qui se formait entre la Ç main-dĠÏuvre rŽgulire È et la Ç main-dĠÏuvre occasionnelle È. Non seulement les travailleurs fixes, plus ‰gŽs, touchaient un salaire plus ŽlevŽ et travaillaient moins que les jeunes en CDD, mais ils nĠavaient pas, ou manquaient, de connaissances informatiques, ce qui crŽait chez eux un sentiment dĠinsŽcuritŽ croissante au travail. Les chefs des syndicats employaient un langage radical mais ne faisaient rien. Finalement, les travailleurs fixes et prŽcaires firent grve, mais pas en mme temps. La grve des TŽlŽcoms de CorŽe (KT) se termina par le renvoi de 10 000 salariŽs prŽcaires.

LĠaccord de fŽvrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU concernant les licenciements de masse provoqua une rŽvolte de la base de la KCTU, et toute la direction fut chassŽe aprs que des militants ouvriers, armŽs avec barres de fer, eurent occupŽ le sige du syndicat.

Une nouvelle direction de gauche sĠinstalla ˆ la tte du syndicat et essaya de relancer une grve gŽnŽrale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet 1998, mais en vain. La vieille direction conserva le pouvoir dans les syndicats de lĠindustrie lourde, et sĠopposa ˆ toute action militante. Entre juin et aožt 1998, une grve de 28 jours eut lieu ˆ la Hyundai Motor Company, qui se termina par le licenciements de 10 000 travailleurs fixes. En lĠespace de deux ans, 10 000 ouvriers prŽcaires furent embauchŽs pour faire leur boulot. Les TŽlŽcoms corŽens et diverses banques licencirent aussi une partie de leur personnel fixe et le remplacrent par des salariŽs prŽcaires.

 

VII – Aprs 1998 : le conflit entre travailleurs Ç fixes È et Ç prŽcaires È devient une question centrale pour le mouvement ouvrier corŽen

 

Ë partir de la crise du FMI, la question de la Ç main-dĠÏuvre occsionnelle È a pris de plus en plus de place au sein du mouvement ouvrier corŽen, ainsi que lĠantagonisme entre travailleurs fixes et prŽcaires, les salariŽs fixes voyant les salariŽs prŽcaires comme un danger pour leur emploi. (En lĠan 2000, un syndicat national des salariŽs prŽcaires a ŽtŽ fondŽ, et cette confŽdŽration compte maintenant plus de 50 000 membres.)

Ds 1999, une grve nationale de 32 jours de 4 000 tuteurs des Žcoles Jaenung (les Ç hakwon È, ou cours privŽs du soir) leur permit dĠacquŽrir le droit de mener des nŽgociations collectives. Le gouvernement avait niŽ leur statut de salariŽs, les considŽrant comme des Ç entrepreneurs indŽpendants È. La grve fut importante parce quĠelle prouva que les travailleurs prŽcaires pouvaient sĠorganiser, contre la rŽsistance de lĠEtat et des employeurs.

En 2000-2002, une grve dura 517 jours chez les TŽlŽcoms de CorŽe (KT). Au lendemain de la dŽfaite, le syndicat des travailleurs prŽcaires de KT fut dissous. Les travailleurs fixes de KT Žtaient gŽnŽralement hostiles aux travailleurs prŽcaires. Aprs la grve, les TŽlŽcoms de CorŽe embauchrent des gens en tant que Ç salariŽs ˆ contrat indirect È, cĠest-ˆ-dire ayant un statut dĠintŽrimaires. En 2002, 49% des actions des TŽlŽcoms de CorŽe (KT) furent vendus ˆ des investisseurs amŽricains, et on distribua des indemnitŽs substantielles de licenciement aux travailleurs licenciŽs ainsi que des actions aux salariŽs fixes.

En 2000-2001, une grve dura plus dĠun mois dans une usine de climatiseurs, et fut trahie par les travailleurs fixes, pour contrecarrer lĠaction des militants des syndicats de salariŽs prŽcaires.

En 2000, cependant, les salariŽs du Lotte Hotel fournirent un contre-exemple : ils prouvrent quĠun syndicat de travailleurs fixes pouvait, dans certaines circonstances, organiser les salariŽs prŽcaires. Aprs que les propriŽtaires dĠh™tel eurent menŽ une violente rŽpression et que les grŽvistes eurent ŽtŽ emprisonnŽs, lĠh™tel accepta de rŽgulariser les prŽcaires sur une pŽriode de deux ans.

Pendant ces mmes annŽes, cependant, le KDLP vira ˆ droite, et la domination de la ligne du courant NL, orientŽe vers les bureaucrates de la KCTU et les politiciens du KDLP, empcha lĠorganisation des travailleurs prŽcaires. (En 2004, la KCTU aida mme un P-DG de Hyundai ˆ mener sa campagne Žlectorale en tant que candidat indŽpendant.) A ENTENDRE CERTAINS MILITANTS, la KCTU ALLAIT JUSQU'A DEFENDRE une politique nŽolibŽrale qui imposait lĠexternalisation.

En 2003, par exemple, les conducteurs de camions de Pusan dŽclenchrent une grve avec succs, mais le gouvernement, les patrons, la KCTU et le KDLP la sabotrent. La mme annŽe, une grande grve Žclata ˆ la raffinerie LG Caltex (aujourdĠhui GS Caltex), mais la KCTU ne fit rien pour aider les grŽvistes.

En 2005, 10 000 travailleurs prŽcaires du pŽtrole et de la chimie ˆ Ulsan luttrent pendant 83 jours ˆ propos de leurs conditions de travail. La structure dĠembauche compliquŽe imposŽe par les lois du travail et la stratŽgie des entreprises  affaiblirent la grve. Un Ç ComitŽ pour la rŽgion dĠUlsan È fut crŽŽ pour rŽgler le conflit, y compris des capitalistes, des P-DG, des patrons de PME, des ONG, et la section dĠUlsan de la KCTU. LĠaccord se limita ˆ la reconnaissance du syndicat. Les ouvriers retournrent au travail pendant les six mois que durrent les Ç discussions È au sein du comitŽ, et  celles-ci nĠaboutirent ˆ rien. Les grŽvistes reprirent le travail suite aux concessions accordŽes par les PME, mais lorsque la KCTU et le KDLP se retirrent de la scne, aucune clause de lĠaccord ne fut jamais appliquŽe.

Au cours de lĠŽtŽ 2005, une bataille Žclata de nouveau chez la Hyundai Motor Company, ˆ Ulsan, ˆ propos de la prŽcarisation. Un travailleur sĠimmola en signe de protestation, mais le syndicat refusa de lier sa mort ˆ la situation dans lĠusine. Les travailleurs prŽcaires essayrent dĠarrter la cha”ne, mais les salariŽs fixes refusrent de collaborer ˆ leur action. Les cadres de lĠentreprise et les jaunes remirent la cha”ne en marche tandis que les ouvriers fixes refusaient dĠagir. Tous les travailleurs prŽcaires impliquŽs dans la lutte furent licenciŽs.

En juin 2006, le syndicat des mŽtallos vota pour former un syndicat de branche afin de tenter de surmonter la fragmentation des ouvriers entre une multitude de filiales secondaires ayant chacune des contrats diffŽrents, mais HMC nŽgocie toujours avec le syndicat-maison de HMC. Beaucoup dĠouvriers militants sĠopposrent ˆ la crŽation dĠun syndicat de branche en raison de son programme corporatiste.

Plus tard, cet ŽtŽ-lˆ, les travailleurs prŽcaires de la construction des gigantesques usines sidŽrurgiques de POSCO ˆ Pohang dŽclenchrent une grve sauvage et furent battus. En aožt 2007, les ouvriers prŽcaires de la Kia Motor Company entamrent une grve sauvage et occuprent une partie de lĠusine, o ils furent physiquement attaquŽs par les travailleurs fixes de Kia et forcŽs ˆ reprendre le travail.

 

VIII - La grve dĠE-Land Žclaire lĠhorizon social

 

La grve dĠE-Land qui se poursuit ˆ lĠheure o nous Žcrivons (6 janvier 2008) est la lutte la plus rŽcente et, par certains c™tŽs, la plus importante de toutes celles qui ont placŽ les travailleurs prŽcaires au  centre et sur le devant de la scne sociale sud-corŽenne.

En novembre 2006, le gouvernement corŽen fit adopter la plus rŽcente dĠune sŽrie de mesures sur le travail prŽcaire, quĠil appela, dans un style bien orwellien, la Ç loi pour la protection de la main-dĠÏuvre occasionnelle È. Elle a ŽtŽ conue pour crŽer lĠillusion que le pouvoir Ç faisait quelque chose È ˆ propos dĠun problme affectant maintenant plus de 60% de la population active sud-corŽeenne. La loi stipule, quĠau bout de deux ans dans la mme entreprise, tous les salariŽs prŽcaires acquirent automatiquement le statut de travailleurs fixes. La loi entra en application sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, mais ses Žnormes lacunes offraient la possibilitŽ aux employeurs de congŽdier leurs salariŽs prŽcaires avant la date-limite des 2 annŽes de prŽsence dans lĠentreprise. Quelques sociŽtŽs se sont conformŽes ˆ la loi, mais de nombreuses autres ne lĠont pas fait et ont licenciŽ leurs travailleurs prŽcaires en juin 2007. La situation a ŽtŽ mise le plus clairement en Žvidence dans deux cha”nes de grands magasins E-Land et, en second plan, New Core.

E-Land a commencŽ comme une petite affaire de famille, sous la fŽrule dĠun propriŽtaire chrŽtien fondamentaliste, et est dŽsormais une sociŽtŽ qui fait 58 milliards de dollars de chiffre dĠaffaires annuel avec 61 succursales dans le pays. Elle sĠest emparŽ des magasins de la cha”ne franaise Carrefour.  Cette sociŽtŽ impose des conditions de travail particulirement dures. Elle embauche surtout des femmes avec des contrats prŽcaires ; celles-ci gagnent 800 dollars par mois pour des semaines de 40 heures, et sont souvent obligŽes de travailler 12 heures dĠaffilŽe sans mme le droit (lŽgal) de se rendre aux toilettes. De plus, la sociŽtŽ fait pression sur tous ses employŽs, quĠils soient chrŽtiens ou pas, pour quĠils frŽquentent la chapelle de lĠentreprise. Le P-DG dĠE-Land a versŽ 15 millions de dollars ˆ son Žglise en 2006. Juste avant que la nouvelle loi  sur la prŽcarisation entre en application, les sociŽtŽs E-Land et New Score ont licenciŽ 1 000 salariŽs qui travaillaient depuis suffisamment de temps pour acquŽrir le statut de travailleurs fixes.

Les  salariŽs ont rŽagi immŽdiatement par une grve qui en est maintenant (en janvier 2008) ˆ son septime mois, et ils tiennent toujours bon.  Au dŽbut de la grve, partout en CorŽe du Sud, des milliers de travailleurs prŽcaires dĠautres branches sont venus pour aider ˆ fermer les magasins dĠE-Land.  Sous la pression de cet important soutien des salariŽs, la KCTU est entrŽe dans le mouvement. Elle a dŽployŽ tout son arsenal pour Žtouffer la grve sous une rhŽtorique pseudo-radicale tout en dŽtournant lĠŽnergie de la base et des soutiens Ç extŽrieurs È vers des actions symboliques sans signification. Le 30 juin, cependant, 200 employŽs dĠE-Land ont occupŽ une succursale ˆ SŽoul et lĠont fermŽe. Le 20 juillet, le gouvernement a rŽagi en envoyant 7 000 soldats, policiers et nervis embauchŽs par la sociŽtŽ pour expulser et arrter 200 personnes. Le gouvernement Noh Moon Yon, en pleine dŽcrŽpitude (fortement inpopulaire, il ne durera de toute faon que jusquĠen fŽvrier 2008),  a mis tout son prestige en jeu pour faire accepter la nouvelle loi. Mais il nĠŽtait pas le seul ˆ comprendre lĠimportance de la grve. De nombreux grands chaebols ont aidŽ E-Land en lui prtant des millions de dollars. La KCTU, pour sa part, promit de prter des sommes importantes aux syndicats dĠE-Land et de New Core quand leur caisse de grve serait vide, vers la fin de lĠŽtŽ 2007, puis elle revint sur son offre. La KCTU a constamment fait pression sur les syndicats-maison pour quĠils acceptent de venir ˆ la table des nŽgociations tandis que la direction dĠE-Land nĠa pour le moment l‰chŽ aucune concession. A Pohang, en novembre, E-Land a mme essayŽ dĠouvrir une nouvelle succursale avec seulement des employŽs prŽcaires. 500 travailleurs dĠE-Land et dĠautres salariŽs prŽcaires ont non seulement bloquŽ lĠentrŽe du magasin, mais attaquŽ et dŽsarmŽ les flics et les nervis qui le protŽgeaient. Des actions semblables, y compris des blocages et des occupations de magasins, se sont produites par intermittence tout au long de lĠautomne 2007.

Contrairement ˆ beaucoup dĠautres grves prŽcŽdentes autour de la question du travail prŽcaire, ce qui est peut-tre le plus remarquable dans la grve dĠE-Land, cĠest la large sympathie et lĠappui dont bŽnŽficie la grve parmi les salariŽs prŽcaires qui vivent dans la mme situation. Un boycott  national a rŽussi, jusquĠau mois de dŽcembre 2007,  ˆ rŽduire les ventes de 30%, et mme les mŽdias, du moins dans les premires semaines, se sont montrŽ plut™t favorables ˆ la grve. Que la grve dĠE-Land  permette – ou pas – aux grŽvistes de rŽcupŽrer leur boulot, ce mouvement reprŽsente dŽjˆ une victoire pour le mouvement ouvrier dans son ensemble car dŽsormais on ne peut plus ignorer le problme de la prŽcarisation du travail en CorŽe du Sud.

 

Loren Goldner

 

(traduit de lĠanglais pour le nĦ 22-23 de Ni patrie ni frontires, ˆ para”tre en mars 2008)

 

Bibliographie

 

Pour prŽparer cet article, jĠai appris bien davantage en discutant et collaborant avec des militants et des intellectuels corŽens partisans de la lutte de classe quĠen lisant nĠimporte quel livre, ˆ lĠexception de Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation de Koo Hagen publiŽ en 2001. Ce livre constitue lĠunique ouvrage disponible dans une langue occidentale et qui offre une analyse complte de lĠhistoire de la classe ouvrire corŽenne. JĠai bien sžr ŽtŽ considŽrablement limitŽ par ma ma”trise insuffisante de la langue corŽenne. La liste rŽcapitulative ci-dessous rassemble les ouvrages que jĠai nŽanmoins trouvŽs utiles.

 

Bae, Kichan, Korea at the Crossroads. The History and Future of East Asia, SŽoul, 2007

Brzezinski, Zbigniew, The Grand Chessboard. American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, New York, 1997

Cho, Lee-Jay et al., (sous la direction de), Institutional and Policy Reforms to Enhance Corporate Efficiency in Korea, SŽoul, 2007

Cho, Lee-Jay et al. (sous la direction de), Regulatory Reforms in the Age of Financial Consolidation, SŽoul, 2006

Cumings, Bruce, The Origins of the Korean War, vol. I: Princeton, 1981 ; vol. II: Princeton, 1990

Denis, M. et al., SŸdkorea: Kein Land fuer friedliche Spiele, Reinbek bei Hamburg, 1988

Graham, E., Reforming KoreaĠs Industrial Conglomerates, Washington DC, 2003

Harris, N., The End of the Third World, London, 1986

Hart-Landsberg, M. et al. (sous la direction de), Marxist Perspectives on South Korea in the Global Economy, Hampshire (Grande-Bretagne), 2007

Hart-Landsberg, M., The rush to development : economic change and political struggle in South Korea, New York, 1993

Hwang, B-D., Nachholende Industrialisierung und autoritŠrer Staat, Berlin, 1989

Kang, Su-Dol, Fordismus und Hyundaismus, Francfort, 1995

Kim, San/Wales, N., Song of Ariran, New York, 1941

Kim, S./Shin, D.C., Economic Crisis and Dual Transition in Korea, SŽoul, 2004

Kim, W./Kim, P.S., Korean Public Administration, SŽoul, 1997

Jeju Development Institute/ East Asia Foundation, Building a Northeast Asian Community, vol. II, SŽoul, 2006

Jeong, Seongjin et Shin, Jo-Yung, Ç Debates on the Economic Crisis within the Korean Left È, in Rethinking Marxism, vol. II, nĦ 2, printemps 1999

Jomo, K.S., Tigers in Trouble, Financial Governance, Liberalisation and Crises in East Asia, London, 1998

Johnson, Chalmers, Blowback, 2000

Kim, Kyeong-won, Post-Crisis Transformation of the Korean Economy, A Review from 1998 to 2002, SŽoul, 2003

Kirk, D./Choe, S.H., Korea Witness, SŽoul, 2006

Kirk, Donald, Korean Dynasty, Hyundai and chung Ju Yung, Hong Kong, 2000

Koo, Hagen, Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation, Ithaca, 2001

Korean National Commission for UNESCO, The Korean Economy: Reflections at the Millennium, SŽoul, 2001

Lee, B-H., Verfassungs- und gesellschaftspolitische Konzeptionen und ihre Verwirklicung in der Dritten Republik Koreas (1963-1972)

Jacobs, Norman, The Korean Road to Modernization and Development., Urbana, 1985

Moon, C. et Steinberg, D., Korea in Transition, Three Years under the Kim Dae-Jung Government, SŽoul, 2002

Ogle, G., South Korea: Dissent Within the Economic Miracle, Londres, 1990

Park, Min-na, Birth of Resistance, Stories of Eight Women Worker Activists, SŽoul, 2005

Scalapino, R. et Lee, Chong-sik, Communism in Korea, vol. I. Berkeley, 1972

Sun, Hak Tae, The Political Economy of Democratic Consolidation. Dynamic Labour Politics in South Korea, Kwangju, 2002

Socialist Political Alliance, Marx/ Revolution, Papers of the SPA International Conference in SŽoul and Ulsan, octobre 2006, SŽoul

Suh, D-S., The Korean Communist Movement, 1918-1948, Princeton, 1967

West, J., A Critical Discourse on Korean Law and Economy, Pusan, 2002

Woronoff, J., AsiaĠs ÒMiracleÓ Economies, SŽoul, 1986

 

Pour les notes ˆ ajouter :

 

Informations prises sur Indymedia quĠil serait bon de vŽrifier vu le peu de sŽrieux de ces gens-lˆ

 

La CorŽe DU SUD compte 49 millions dĠhabitants et couvre 99 274 km2.

 

RELIGION

Les deux principales religions sont le christianisme (49 % des croyants, dont 36 % de protestants et 13 % de catholiques) et le bouddhisme (47 % des croyants) sont les deux religions dominantes de la CorŽe du Sud. Bien que seulement 3 % de la population se dŽclarent confucianistes, la sociŽtŽ est fortement imprŽgnŽe des valeurs et croyances confucŽennes. Le restant des CorŽens pratique le chamanisme (culte traditionnel de l'esprit) et le Cheondogyo (Ç manire divine È), une religion traditionnelle, encore populaire.

(ces statistiques sont un peu absurdes car on nous parle des Ç croyants È comme si tous les CorŽens Žtaient des Ç croyants È Quid des athŽes, des animistes et des autres. As-tu des infos lˆ-dessus ? Ce serait bien dĠen parler un peu car jĠai ŽtŽ surpris de dŽcouvrir lĠinfluence de la religion chrŽtienne dans ce pays)

EN EFFET, IL Y A BEAUCOUP DE NON-CROYANTS. LES CHRETIENS SONT 20% DE LA POPULATION ; LES BOUDDISTES UN PEU MOINS

TrouvŽ un article qui semble plus sŽrieux

http://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2004-1-page-111.htm

Mme proposition que pour les chaebols : je peux faire une note trs rŽsumŽe et te la soumettre, sauf si tu lĠas fait toi-mme !

LES CHAEBOLS (HYUNDAI, SAMSUNG, LG, ETC.) SONT (ON DIRAIT EN ANGLAIS) DES ÔCONGLOMERATESĠ, GENERALEMENT INTIMEMENT LIES AUX BANQUES, AU MOINS JUSQU'A LA CRISE DU FMI, CE DERNIER AYANT ESSAYE DE BRISER CE ÔCLIENTELISMEĠ, AVEC UN CERTAIN SUCCES. JE NE PEUX DONNER QUĠUNE DEFINITION ASSEZ GENERALE.

 

FKTU

La FKTU compte un million d'adhŽrents, appartenant principalement aux secteurs de la mŽtallurgie (111 000 adhŽrents fin 2001), de la chimie (116 000), de la banque et de la finance (114 000), des chauffeurs de taxi (105 000) et de l'automobile (84 000).

 

KCTU

En 1999, la KCTU comptait 573 490 adhŽrents dans 1 226 syndicats. Fin 2001, ses 600 000 membres appartenaient principalement aux secteurs de la mŽtallurgie (166 000 adhŽrents), des services publics (100 000), de l'enseignement (88 000). La KCTU revendique 800 000 adhŽrents fin 2006.

 

 

Hyundai

 

Chung Ju-yung (1915-2001) fonde en 1947 Hyundai Engineering & Construction (Hyundai signifie "modernitŽ" en corŽen), qui restera le centre de son groupe. Aprs la guerre de CorŽe, les AmŽricains de Ford lui confieront la rŽparation de leurs vŽhicules militaires et la construction des baraquements pour l'armŽe des ƒtats-Unis.

Les annŽes 1960 seront propices ˆ Chung Ju-Yung qui met son talent au service de la CorŽe du gŽnŽral Park Chung-hee. Il sera le constructeur de l'autoroute qui relie SŽoul ˆ Busan en 1968. Il se lance dans la construction navale, o excellent les CorŽens. Ses chantiers navals deviendront les plus grands du monde, notamment ceux de Ulsan. En 2006, Hyundai est le premier constructeur naval mondial en valeur de production.

Hyundai Motors est crŽŽ en 1967. L'entreprise produira la premire voiture 100% corŽenne ds 1973, la Pony. Chung Ju-yung comprend immŽdiatement l'importance Žconomique des travaux publics et de la construction au Moyen-Orient, d'o la CorŽe importe du Sud l'essentiel de sa consommation d'hydrocarbures. Hyundai sera alors choisi plusieurs fois pour rŽaliser des grands projets d'infrastructure au Moyen-Orient.

En 1983, Hyundai Electronics est crŽe dans une optique de diversification. Son activitŽ se dŽveloppe en prioritŽ sur les marchŽs de la mŽcanique de prŽcision, de la pŽtrochimie et de la robotique.

Le groupe a aussi crŽŽ une filiale, Hyundai Asan spŽcialisŽe dans les projets de coopŽration entre la CorŽe du Sud et la CorŽe du Nord.

Aprs avoir rachetŽ la marque Kia en 1998, Hyundai Motor est aujourd'hui le 6e constructeur automobile, avec 3,7 millions de vŽhicules vendus dans le monde. Premier constructeur corŽen de voitures, Hyundai est devenu le premier employeur du pays avec 170 000 travailleurs, et deuxime derrire Samsung pour le chiffre d'affaires.

Hyundai s'est Žgalement illustrŽ dans la production d'Žcrans cathodiques (avant l'apparition des LCD), rŽputŽs pour leur qualitŽ et leur prix relativement bas (comme par exemple la sŽrie des ImageQuest F900, F910 etc).

L'empire Hyundai, dŽtenu essentiellement par la famille Chung, fait de ses dirigeants (Ju-yung jusqu'en 2000, puis Chai-kwan et rŽcemment Mong-koo) les hommes parmi les plus riches du monde, et sans doute les plus riches de la CorŽe du Sud.

Hyundai est Žgalement un sponsor politique incontournable, Chung Ju-yung ayant toujours soutenu le pouvoir en place, quelle que soit l'Žtiquette politique du gouvernement, en contribuant largement aux diverses campagnes, contributions rŽcompensŽes par l'attribution de marchŽs et d'adjudications.

Cela n'a pas empchŽ Chung Ju-yung, dŽfenseur de la libertŽ entrepreneuriale face ˆ l'ƒtat et au fisc, de se prŽsenter ˆ l'Žlection prŽsidentielle de 1992 et d'obtenir 16 % des voix.

En 2006, suite ˆ une enqute du gouvernement sud-corŽen, le PDG de Hyundai Chung Mong-koo a ŽtŽ accusŽ de dŽtournement de fonds et de corruption.

 

Chaebols:

jĠai trouvŽ cette rŽfŽrence (mission Žconomique de lĠambassade de France). Je peux essayer de faire un bref rŽsumŽ et te lĠenvoyer pour approbation sauf si tu as prŽvu cela dans tes notesÉ.

http://assoc.pagespro-orange.fr/france-coree/economie/coree2001_chaebols.htm

 

Minjung

note extraite dĠun livre CorŽe du Sud Žconomie sociale et sociŽtŽ civile Eric Bidet

 ÒMinjung signifie littŽralement les conditions dĠexistence du peuple mais on pourrait le traduire aussi par les exclus ou les opprimŽs. Le courant Minjung se dŽveloppera dĠavord dans le domaine littŽraire avant de toucher dans les annŽes 70 lĠensemble des sciences sociales, dŽfinissant ainsi le cadre dĠune remise en cause gŽnŽrale du modle sociopolitique europŽenÓ

Cela dit on trouve plein dĠautres traductions sur Internet Òdes massesÓ, ÒdŽmocratiqueÓ, etc.

 

RŽsumŽ dĠun article de Sung Park A. dans lĠIndian Journal of Theology

Ç Analogue ˆ la thŽologie de la libŽration sud-amŽricaine, la thŽologie " minjung " (mot qui signifie " opprimŽs ") s'est dŽveloppŽe dans les annŽes 1970. Mais cette thŽologie analogue est indŽpendante et diffŽrente de la susdite thŽologie de la libŽration| elle concerne en effet non seulement les pauvres mŽprisŽs par les riches, mais aussi les personnes dont les rŽgimes successifs (le terme minjung remonte ˆ la dynastie Yi, donc avant 1910) Žtouffent la libertŽ de pensŽe, d'expression, de contestation. Cette thŽologie est d'origine protestante| elle s'intŽresse Žvidemment aussi aux non-chrŽtiens. Deux notions de base : le " han ", sentiment d'angoisse et de frustration| le " dan ", " suppression " ˆ la fois de l'injustice et de la revanche. È