La grve de Ssangyong Motors en CorŽe du Sud : dŽfaite et dure rŽpression.

 

Loren Goldner

 

La grve de Ssangyong Motor Company et lĠoccupation de lĠusine de Pyeongtaek (CorŽe du Sud) sĠest terminŽe le 5 aožt aprs 77 jours de lutte. CĠest une dŽfaite pour les 976 ouvriers qui ont pris le 22 mai cette petite usine automobile et lĠont tenue contre des assauts quasi militaires rŽpŽtŽs : lĠaccord signŽ par le syndic de faillite Park Young-tae et le prŽsident de la section locale du syndicat Han Sang-kyun  reprŽsente en effet une dŽfaite quasi-totale. CĠest mme pire que cela, aprs la capitulation, des douzaines de grŽvistes ont ŽtŽ arrtŽs et interrogŽs par la police en vue de possibles poursuites pour activitŽs criminelles ; ceci indŽpendamment  dĠun procs monstre contre le syndicat Korean Metal Workers pour 45 millions de dollars dĠindemnisation et probablement dĠautres procs distincts contre des grŽvistes rendus responsables de dŽprŽdations occasionnŽes par la grve. Au-delˆ  dĠune victoire antŽrieure et plus dramatique contre des protestations populaires il y a un an et demi (ne faites pas de prisonniers), le gouvernement corŽen de Lee Myong Bak (droite dure) montre ainsi par de telles mesures, son intention de passer au rouleau compresseur toute rŽsistance potentielle Žventuelle ˆ une gouvernance indŽfectible en faveur du grand capital.

 

La grve de Ssangyong fait Žcho de diverses manires ˆ la dynamique des luttes  montrŽe dans celle de Visteon au Royaume Uni et dans  toutes les batailles autour des restructurations de lĠindustrie automobile de par le monde.             Impliquant la prise immŽdiate de lĠusine, son occupation et, dans sa dŽfense, de violents affrontements avec la police, les sbires patronaux et les jaunes , cette grve est la premire lutte de cette dimension en CorŽe du Sud depuis des annŽes. Sa dŽfaite – qui suit une longue sŽrie de dŽfaites dans les annŽes ŽcoulŽes – nĠest gure un bon prŽsage pour des rŽsistances futures.

 

Ssangyong Motor Company a ŽtŽ reprise il y a trois ans par la firme chinoise Shanghai Automotive Industry Corporation qui dŽtient 51% du capital. A cette Žpoque, lĠusine de Pyeongtaek (situŽe environ ˆ 45 minutes de SŽoul)  employait 8 700 travailleurs ; au dŽbut de la grve, ils Žtaient seulement 7 000. En fŽvrier dernier, la firme corŽenne  sĠest mise en faillite,  proposant une restructuration et offrant lĠusine de Pyeongtaek en garantie pour de futurs emprunts lui permettant de sortir de la faillite. Le tribunal approuva ce plan impliquant des licenciements pour que la firme redevienne profitable.

 

La stratŽgie du management semble avoir ŽtŽ  sur le long terme de rŽduire progressivement les effectifs et de transfŽrer les technologies en Chine. Depuis la prise de contr™le par la firme chinoise, celle-ci nĠa procŽdŽ ˆ aucun nouvel  investissement chez Ssangyong Motors et nĠa lancŽ aucun nouveau modle ( les procureurs corŽens ont questionnŽ la lŽgalitŽ des transferts de technologie en Chine, celles-ci ayant ŽtŽ È dŽveloppŽes avec des subsides gouvernementaux mais jusquĠˆ prŽsent, aucune action nĠa ŽtŽ engagŽe ˆ ce sujet). En dŽcembre 2008, il y eut une brve action de protestation contre ce transfert de technologies.

 

Les travailleurs de lĠusine rŽpondirent ˆ la mise en faillite de lĠusine par des grves dĠavertissements contre les licenciements prŽvus. Ces grves limitŽes se transformrent, lorsque le plan de licenciement fut dŽvoilŽ, le 22 mai en une grve pleine et entire, avec prise de lĠusine et occupation par les 1 700 travailleurs.  Au programme, trois principales  revendications : pas de licenciements, pas de travail temporaire et pas de sous-traitance. La firme cherchait ˆ contraindre 1 700 ouvriers ˆ prendre une retraite anticipŽe et licenciait 300 temporaires.

 

Les travailleurs de Ssangyong sont organisŽs par le syndicat Korean Metal Workers Union (KMWU) et ils ont travaillŽ en moyenne 15 ˆ 20 annŽes dans lĠusine. Un travailleur permanent  gagne approximativement un salaire annuel de base de 30 000 000 won ( environ 25 000$)  un temporaire ne gagne que 15 000 000 won pour le mme travail ( en CorŽe , le salaire de base est seulement une fraction du salaire qui comprend des primes ( pour les permanents- et un chiffre significatif dĠheures supplŽmentaires  ˆ taux majorŽ ; souvent 10 heures par semaine qui sont acceptŽes et souvent souhaitŽes par la plupart des travailleurs comme un supplŽment de salaire nŽcessaire)

 

A  la mi-juin environ 1 000 travailleurs poursuivaient lĠoccupation avec femmes et enfants apportant la nourriture. Environ 5 000 travailleurs restaient ˆ la maison et environ 1 000 cadres et jaunes travaillaient ˆ faire uniquement de lĠentretien car aucune voiture ne sortait des cha”nes depuis les dŽbuts de lĠoccupation.

 

Dans les premires semaines de lĠoccupation, la police nĠŽtait gure prŽsente ˆ Pyeongtaek. CĠŽtait en partie ˆ cause de la crise politique qui avait suivi le rŽcent suicide de lĠex prŽsident Noh Mu Hyeon et des manifestations qui sĠensuivirent exprimant la colre croissante contre le gouvernement de droite de Lee Myong Bak. Ce gouvernement, Žlu en DŽcembre 2007 sur un programme de  fort dŽveloppement Žconomique et dŽjˆ quelque peu discrŽditŽ par des mesures spectaculaires rŽpŽtŽes en faveur des riches et par la crise mondiale fut tout dĠabord quelque peu dŽsaronnŽ  par lĠimportance de lĠattaque  des manifestations mobilisant jusquĠˆ un million de participants. Aprs  que lĠintervention de la police des Žmeutes lors des funŽrailles de Noh eut provoquŽ une nouvelle flambŽe de colre et fait descendre encore plus de manifestants dans les rues, le gouvernement tout dĠabord ne voulut pas risquer un nouveau revers en lanant immŽdiatement lĠassaut contre lĠusine de Pyeongtaek.

 

Le 16 juin, une importante  manifestation   anti-grve rassembla plus de 1 500 protestataires devant les portes de lĠusine. Y participaient 1 000 cadres, les jaunes, 200 hommes de mains et 300 travailleurs qui ne figuraient pas sur les listes de licenciement et ne soutenaient pas la grve. 400 de la police des Žmeutes Žtaient stationnŽes non loin de lˆ, ne bougeant pas et finalement, la manifestation des jaunes  fut dŽclarŽe illŽgale, apparemment par crainte que les grŽvistes et leurs supporters les attaquent.

 

Lors de cette manifestation de jaunes environ 7 ˆ 800 travailleurs des usines voisines, comme Kia Motor Company vinrent pour dŽfendre lĠusine en partie rŽpondant ˆ lĠappel du KMWU

 

Les travailleurs occupant lĠusine firent des plans pour une dŽfense armŽe contre les tentatives que pourrait faire la police pour reconquŽrir lĠusine, stockant des barres de fer et des cocktails Molotov . Comme position de repli Žventuel, ils se concentrrent sur le dŽpartement de peinture o ils pensaient se trouvaient des matŽriaux inflammables qui dissuaderait la police dĠutiliser des bombes lacrymognes  susceptibles se provoquer une explosion (cĠŽtait une bonne idŽe comme on le verra plus tard mais finalement elle sĠavŽra inutile)

 

JĠai parlŽ avec un activiste participant ˆ lĠoccupation qui Žtait trs critique quant au r™le du syndicat. Selon lui, le KMWU garda le contr™le de la grve. Pourtant, au contraire du r™le que les syndicats avaient jouŽ dans la lutte de Visteon en Grande Bretagne ou dans  le dŽmantlement de lĠindustrie automobile aux Etats-Unis, le KMWU soutint lĠaction illŽgale et couvrant lĠoccupation de lĠusine et en  organisant sa dŽfense armŽe. Mais dĠautre part, dans les nŽgociations avec la compagnie, il centra les revendications sur Ç pas de licenciements È et mit la pŽdale douce sur la sŽcuritŽ de lĠemploi pour tous et  contre la sous-traitance.

 

Le noyau dur de lĠoccupation de lĠusine reposait sur 50 ˆ 60 groupes de base de 10 travailleurs qui chacun avaient Žlu un dŽlŽguŽ pour coordonner les actions. Selon le mme activiste, ces dŽlŽguŽs Žtaient les travailleurs les plus combatifs et les plus conscients.

 

Une fois de plus, la grve a bŽnŽficiŽ ˆ lĠorigine dĠun climat politique favorable qui mettait le gouvernement corŽen sur la dŽfensive mais il se redresse maintenant avec ma crise profonde de lĠindustrie automobile et la crise Žconomique mondiale. LĠusine voisine de Kia Motor Company Žtait elle- mme en pleines nŽgociations critiques  pour des mesures  permettant de faire face ˆ la crise et GM-Daewoo est  menacŽe par la rŽorganisation mondiale de GM . La stratŽgie de la firme, comme dans le cas de Visteon, a ŽtŽ au mieux une guerre dĠusure (dŽjˆ amorce ds 2006) ou mme une fermeture immŽdiate de lĠusine.

 

Fin juin, le gouvernement et la compagnie abandonnrent leur position attentiste et commencrent ˆ passer ˆ lĠoffensive. Le 22 juin des poursuites judiciaires Žtaient dŽjˆ engagŽes contre 190 grŽvistes. Quelques jours plus tard un des travailleurs licenciŽ et lourdement endettŽ se suicidait. Le climat social et politique continuait ˆ lĠalourdir avec des enseignants et des moines attaquant le glissement accŽlŽrŽ du gouvernement vers la droite de plus en plus conservatrice et les forces de lĠordre, sous la fŽrule du parti Hanaradang (ultra nationaliste) brandissant des attaques du genre Ç sympathisants de la CorŽe du Nord È. Des manifestations en soutien ˆ la grve se tenaient  pŽriodiquement ˆ SŽoul et ˆ Pyeongtaek mais elles  rassemblaient rarement plus de quelques milliers de participants.

 

 

Les 26 et 27 juin  gouvernement et employeur reprirent des attaques plus sŽrieuses : des  hommes de main, des jaunes recrutŽs parmi les non licenciŽs et la police des Žmeutes tentrent dĠentrer dans lĠusine. Aprs de violents combats au cours desquels bien des ouvriers furent blessŽs, ils parvinrent ˆ conquŽrir le principal b‰timent de lĠusine. Les grŽvistes occupant lĠusine se retranchrent dans le secteur Ç peinture È ce qui faisait partie de la stratŽgie que nous avons ŽvoquŽ ( en janvier prŽcŽdent, 5 personnes Žtaient mortes ˆ SŽoul dans un incendie allumŽ lors dĠun affrontement avec la police, ce qui avait dŽclenchŽ des semaines de manifestations)

 

Le jour suivant, la compagnie dŽclara quĠil y avait eu assez de violence (ce qui Žtait une reconnaissance de la rŽsistance pugnace des travailleurs) ; police et mercenaires furent ŽvacuŽs et la firme  demanda au gouvernement de sĠimpliquer directement dans des nŽgociations.

 

Apres lĠattaque des 26 et 27 juin dont le but Žtait dĠisoler la lutte de Ssangyong et de briser la grve, des actions solidaires tentrent dĠŽlargir le soutien aux grŽvistes hors de lĠusine. Ces tentatives comportaient des campagnes de rue, principalement dĠorganisations familiales dans le centre de SŽoul et dans la zone de Pyeongtaek ;  Le KMWU organisa une grve  gŽnŽrale de 4 heures au cours de laquelle les mŽtallos des usines voisines se rassemblrent devant les portes de lĠusine.

 

Le 1er juillet, lĠeau fut coupŽe dans lĠusine ce qui signifiait que les occupants, pour faire face ˆ lĠŽtŽ corŽen chaud et humide, devaient rŽcupŽrer lĠeau de pluie et improviser des WC de fortune dans des tonneaux. Alors que les nŽgociations Žchouaient, toutes les issues de lĠusine furent bloquŽes

 

Les 4 et 11 juillet, le KCTU (ConfŽdŽration CorŽenne des syndicats) organisa des manifestations nationales en solidaritŽ avec la grve de Ssangyong. Ces actions furent pourtant peu suivies et la direction du KMWU hŽsita ˆ lancer une grve gŽnŽrale en rŽponse aux attaques sur lĠusine. Les activistes pensent que les dirigeants du KMTU  et du KCTU Žtaient plus prŽoccupŽs par les prochaines Žlections (927 activistes tinrent une journŽe de grve de la faim dans le centre de SŽoul le 11 juillet) (ma propre expŽrience mĠa enseignŽ quĠau cours des quatre dernires annŽes de telles actions purement rituelles ont rarement influencŽ lĠissue des luttes, sauf ˆ dŽmontrer leur faiblesse et leur isolement)

 

Finalement, le 16 juillet, 3 000 membres du KMWU se rassemblent devant lĠH™tel de ville de Pyeongtaek en solidaritŽ avec les grŽvistes de Ssangyong ; Quand ils tentent de se rendre vers lĠusine, ils sont bloquŽs par la police et 82 ouvriers sont arrtŽs. Lors de cette tentative avortŽe dĠatteindre les portes de lĠusine en apportant de la nourriture et de lĠeau, les sbires de la compagnie sĠen prenaient particulirement aux  bouteilles dĠeau.

 

Les dŽs furent vraiment jetŽs le lundi 20 juillet. Un ouvrier de lĠusine Kia Motor Company, proche de lĠusine en grve et qui vint avec des centaines dĠautres pour dŽfendre lĠusine attaquŽe par plus de 3 000 flics, mercenaires et jaunes, dŽcrit ainsi ce qui appara”t comme une vŽritable opŽration militaire :

Ç  Ce matin lˆ, ˆ la fin de lĠŽquipe de nuit ˆ 5h30, nous sommes allŽs aux portes de lĠusine Ssangyong o la lutte continuait dans les mmes conditions que la veille.

Vers 9 ou 10 heures, de nombreux bus de la police des Žmeutes arrivrent devant les portes accompagnŽs dĠune vingtaine de voitures de pompiers.

Quand 2 000 flics tentrent de sĠapprocher de lĠatelier de peinture, les  ouvriers rŽpondirent avec des jets de fronde et des cocktails Molotov. Les frondes envoyaient des boulons et des Žcrous, avaient un rayon dĠaction de 200 ˆ 300m et Žtaient trs efficients. Des barrages de pneus enflammŽs  barraient les entrŽes et des nuages de fumŽe noire obscurcissaient le ciel au dessus de lĠusine.

 

La compagnie avait coupŽ lĠapprovisionnement en gaz et en eau et avait renforcŽ le blocage de tout approvisionnement vers lĠusine y compris les produits mŽdicaux. Son but paraissait  dĠabord dĠŽpuiser les occupants pour les contraindre  ˆ quitter lĠatelier de peinture spontanŽment.

 

Plus tard, ce jour lˆ, un hŽlicoptre de la police rŽpandit des gaz lacrymognes sur les travailleuses qui se battaient sur les toits. È

 

Le 21 juillet, le KCTU dŽcrŽta une grve gŽnŽrale  du 22 au 24 juillet et programma une manifestation nationale pour le  samedi 25  juillet. Le KMWU annona des grves partielles les 22  et 24 juillet en solidaritŽ avec la grve de Pyeongtaek et les nŽgociations en cours. De telles  grves, qui sont habituelles pour le KCTU ne sont gures suivies  ou soutenues  et restent dispersŽes et sans efficacitŽ. Le mme ouvrier de Kia qui combattait la police aux portes de lĠusine raconte les ŽvŽnements du 22 juillet :

Ç Nantis dĠun jugement du tribunal, le 20 juillet, plus de 3 000 de la police des Žmeutes, y compris une unitŽ de lĠarmŽe, tentrent de reprendre lĠatelier de peinture et sommrent les ouvriers de lĠŽvacuer. Devant leur refus, la police lana des attaques rŽpŽtŽes contre les occupants  pendant sept jours consŽcutifs ; ces attaques impliquaient aussi des mercenaires et des jaunes, des  ouvriers non licenciŽs.

La police intensifiait une propagande de chaque instant et un hŽlicoptre  tournait constamment au dessus de lĠusine pour empcher les ouvriers de dormir et les Žpuiser nerveusement.

Ils avaient coupŽ les approvisionnement en eau et en gaz et refusaient lĠentrŽe de toute aide humanitaire (lĠŽlectricitŽ nĠavait pas ŽtŽ coupŽe pour empcher la peinture et autre matŽriaux inflammables de lĠatelier de peinture de se dŽcomposer)

A partir du 21 juillet, la police commena ˆ dŽverser des gaz lacrymogne par hŽlicoptre sur ceux qui dŽfendaient sur les toits le secteur de la peinture.

Par intermittence , quand la police des Žmeute tente dĠentrer dans lĠatelier de peinture, ils utilisent des fusils spŽciaux projetant des pointes chargŽes de 50 000 volts et les jaunes lancent des projectiles avec des frondes depuis lĠimmeuble vis-ˆ-vis.

Naturellement, nous nous battons avec des tuyaux de fer et des cocktails Molotov devant lĠusine pour dŽfendre la grve.

Fin juillet, environ 700 ouvriers restŽs dans lĠusine  mangeaient comme repas normal des boules de riz avec du sel  et buvaient de lĠeau de pluie bouillie. Bien quĠun certain nombre dĠentre eux aient ŽtŽ blessŽs dans la lutte, ils nĠen continuaient pas moins ˆ se battre.

Le 20 juillet, la femme dĠun cadre du syndicat se suicida  ˆ son domicile. Bien que son mari ne fžt pas parmi les licenciŽs, il nĠen participait pas moins ˆ la lutte en dŽpit des menaces du management. Sa femme avait tout juste 29 ans. A ce moment, consŽquence de la lutte, cinq personnes Žtaient mortes ou sĠŽtaient suicidŽes.

Le 25  juillet, le KCTU organisa un rassemblement devant la gare de Pyeongtaek. Aprs, les ouvriers et tous les participants, armŽs de tuyaux de fer et de pierres trouvŽes aux alentours sĠaffrontrent  ˆ la police des Žmeutes en tentant de gagner lĠentrŽe  lĠusine de Ssangyong. Une violente attaque de la police les contraignit de sĠen retirer. Les combats se poursuivirent dans la nuit dans les rues de Pyeongtaek.

Nous, membres du KMWU sommes supposŽs lancer une grve gŽnŽrale de 6 heures le 29 juillet mais nous savons combien il est difficile de mobiliser tous les membres des syndicats pour se lancer dans une telle grve.

Le management garde lui un bon moral en prŽtendant quĠil a ŽtŽ acculŽ ˆ la faillite ;

La pression croissante des organisations civiques et de quelques dŽputŽs,  management et syndicat ont prŽvu de se rencontrer le 25 juillet. Mais le management a annulŽ unilatŽralement la rencontre pour la seule raison ( prŽtendue) que les ouvriers continuent de lancer des  boulons et quĠils ne peuvent accepter la revendication quĠil nĠy ait pas de licenciement mais que  tous les travailleurs licenciŽs  travaillent en rotation avec des pŽriodes de mises ˆ pied temporaires  non payŽes

Le management rejetait toutes les concessions faites par le syndicat, celui-ci devant accepter seulement les licenciements.

 Le 27 juillet, les ouvriers de Ssangyong tinrent une confŽrence de presse et se rassemblrent de nouveau devant lĠatelier de peinture, Žchappant pour un moment  ˆ lĠatmosphre Žtouffante des locaux occupŽs.

Les revendications prŽsentŽes  lors de cette assemblŽe Žtaient :

1) retrait de la police

2) nŽgociations directes avec le management et le gouvernement

3) publication des rŽsultats de lĠenqute sur les Žmissions illŽgales rŽsultant de la mise en Ïuvre de la technologie des moteurs diesel hybrides.

Je finirai, en me rŽfŽrant ˆ la dernire partie de la confŽrence de presse :

ÉNous avons fait de notre mieux pour que ce conflit soit rŽsolu dĠune manire pacifique par le dialogue. Mais si cette rŽpression brutale et mortelle continue, nous dŽclarons clairement que nous sommes rŽsolus ˆ nous battre jusquĠˆ la mort.

Tous ceux dĠentre nous, ici prŽsents montreront au monde  leur dŽtermination de mourir pas seulement comme des ouvriers mais aussi comme des tres humains.

Nous combattrons sans flŽchir et regagnerons nos droits et finalement, nous retournerons chez nous È

Lors de combats quotidiens du 20 au 27 juillet, police, mercenaires et jaunes ont reconquis toute lĠusine sauf lĠatelier de peinture. DĠimportants contingents de police Žtaient massŽs dans le b‰timent proche, ˆ quelques mtres de lĠentrŽe de lĠatelier de peinture.

Apres que les nouvelles nŽgociations eurent de nouveau ŽchouŽ au cours deux week-ends des 1  et 2 aožt, lĠŽlectricitŽ de lĠatelier de peinture fut finalement coupŽe, contraignant les occupant  ˆ utiliser des chandelles la nuit. La bataille finale commena le 3 aožt et se poursuivit toute la journŽe du 5. 100 grŽvistes avaient finalement abandonnŽ lĠoccupation durant le nuit (beaucoup ŽcoeurŽs par la violence sans merci de la compagnie et du gouvernement). Lors des nŽgociations finales, le prŽsident de las section syndicale accepta la retraite anticipŽe (licenciement sans indemnisation) pour 52% des occupants, et 48%  en congŽ sans solde pendant une annŽe et une promesse de rŽembauche si les conditions Žconomiques lĠautorisait. La compagnie paierait aussi 550 000 won de prime mensuelle pendant une annŽe ˆ quelques ouvriers transfŽrŽs dans les services de vente.

 

Dans les jours qui suivirent, les affronts sĠajoutrent aux menaces : des vingtaines dĠouvriers restaient dŽtenus avec des inculpations diverses et des poursuites engagŽes contre la KMWU pour des dommages intŽrts dĠun montant de 500 000 000 de won (45 000 000 de dollars). Comme nous lĠavons soulignŽ des poursuites peuvent tre engagŽes  dĠaprs la loi corŽenne contre les grŽvistes individuellement les laissant compltement ruinŽs ; cela sĠest dŽjˆ vu dans le passŽ ; La compagnie prŽtend avoir subi ˆ cause de la grve 316 milliards de won (258,6 millions de dollars) de dommages et perdu la production de 14 600 vŽhicules.

 

 Cette vengeance calculŽe du gouvernement et de la compagnie montre une escalade Žvidente dans lĠoffensive gŽnŽrale contre une possible opposition. Une annŽe auparavant, au cours de lĠŽtŽ     2008, une grve de 12 mois dans les grands magasins E-Land  sĠŽtait terminŽe par une dŽfaite. Les 10 000 employŽs qui sĠŽtaient mis en grve  pendant lĠŽtŽ 2007 durent reprendre le travail en acceptant une offre misŽrable quĠils avaient initialement rejetŽe. DĠautres avaient dŽjˆ abandonnŽ la grve pour trouver un autre emploi. Les employŽs de E-Land avaient systŽmatiquement occupŽ les magasins et en plusieurs occasions  sĠŽtaient battus avec la police et les hommes de main de la direction qui tentaient dĠintroduire des jaunes dans les magasins. Pourtant, aprs cette dŽfaite, aucune reprŽsailles  semblable ˆ ce qui frappe les travailleurs de Ssangyong nĠavait ŽtŽ lancŽe  contre eux.

 

Le gouvernement de Lee Myong Bak du parti Hanaradang  tire ses origines de la dictature de Park Chung-hee au cours des annŽes 1961-1979, qui furent les annŽes glorieuses de lĠŽmergence de la CorŽe comme le premier des tigres asiatiques. La fille de Park fut ŽvincŽe de justesse par Lee comme candidate du parti ˆ la prŽsidence  en 2007. Une vision de la dictature de Park est assez largement teintŽe de rose, centrŽe sur le dynamisme Žconomique et minimisant ou ignorant sa rŽpression brutale, sĠest largement rŽpandue dans la sociŽtŽ corŽenne au cours des rŽcentes annŽes. Elle trouve crŽdit dans une croissance en dents de scie dans les premires annŽes 1990 et surtout depuis la dŽb‰cle financire de 1997-1998 quand la CorŽe sous les fourches caudines du FMI (une des conditions posŽes par le FMI pour une injection de 57 millions de dollars fut une augmentation considŽrable du travail temporaire). Le gouvernement Lee non seulement a annulŽ une taxe sur les transactions immobilires sur les constructions de haut standing imposŽe par le prŽcŽdent gouvernement Noh mais il remboursa les imp™ts collectŽs ˆ ce titre. Au cours de la grve Ssangyong, il introduisit une loi trs contestŽe sur les mŽdias qui autorisera une concentration dans le style de Rupert Murdoch dans de grands conglomŽrats qui Žliminera les organes plus petits et plus critiques. La fameuse loi sur la sŽcuritŽ nationale passŽe en 1948 pendant la guerre civile prŽcŽdant la guerre de CorŽe au cours de laquelle des milliers dĠopposants de gauche furent massacrŽs, reste en vigueur et a ŽtŽ rŽcemment utilisŽe pour arrter ou bien des groupes socialistes,  pour le simple fait dĠtre socialistes ou bien des libraires vendant ouvertement des livres pro CorŽe du Nord.

 

La dŽfaite de Ssangyong ne peut pas tre seulement attribuŽe au r™le ambigu de lĠorganisation nationale du KMWU qui ds le dŽbut du conflit engagea les nŽgociations  dans la voie Žtroite du thme Ç pas de licenciements È (position contrastant avec celle du prŽsident de la section syndicale de lĠusine qui ˆ la fin signa le document de capitulation et resta dans lĠusine occupŽe jusquĠˆ la fin alors mme quĠil nĠŽtait pas sur la liste des licenciements). La dŽfaite ne peut pas plus tre expliquŽe entirement par lĠatmosphre due ˆ la crise Žconomique. Ces deux facteurs ont jouŽ sans aucun doute un r™le majeur. Mais par-dessus tout et au-delˆ de leur impact indŽniable , cĠest la condition de la classe ouvrire corŽenne, une annŽe dĠemploi, une annŽe de ch™mage, avec le travail temporaire qui touche maintenant plus de 50 % de la force de travail qui est au centre de dette dŽfaite. (1) Des milliers de travailleurs des usines voisines vinrent constamment en aides aux grŽvistes de Ssangyong mais cela ne suffisait pas. . Leur dŽfaite, en dŽpit de leur hŽro•sme et de leur obstination,  approfondira seulement la dŽmoralisation rŽgnante jusquĠˆ ce quĠune stratŽgie se dŽveloppe qui puisse mobiliser de larges couches se soutien, pas seulement pour lutter dans des batailles dŽfensives mais pour aller ˆ lĠoffensive.

L.G.

(1) voir lĠarticle ÒThe Korean Working Class ;  From Mass strike to casualization and retreat , 1987       -2007Ó on the Break Their Haughty Power web site : http://home.earthlink.net/~lrgoldner  ( en anglais)